jeudi 26 février 2009

RESURRECTION DE lAZARE ( jEAN 11)

RESURRECTION de LAZARE ( JEAN 11)


Jean est l'évangéliste qui approfondit le plus les récits bibliques, Il est le seul à parler de Lazare comme d'un personnage, avec une famille,des soeurs, On trouve un Lazare dans Luc, mais sous forme de parabole : celle du pauvre Lazare dans le sein d'Abraham

La Résurrection de Lazare chez Jean, est un récit au caractère merveilleux, puisque, de manière très irrationnelle, il relate la résurrection d'un mort,

Pourtant, Jésus n'est pas un magicien doué de pouvoirs paranormaux, Dans tous les récits de guérisons effectuées par le Christ, on constate que toutes les maladies qu'il soigne sont en rapport avec les cinq sens, ce qui leur donne une valeur symbolique,
ne pas voir
ne pas entendre
ne pas marcher
souffrir d'épilepsie, de la lèpre
souffrir de pertes de sang pour la femme, qui cherche juste à le toucher,
Toutes ces maladies ont un rapport avec notre lien avec les autres, Par leur faute, des êtres humains connaissent l'exclusion, En les guérissant, Jésus les ramène aux autres hommes, Grâce à son intervention, ils feront à nouveau partie de la communauté,

Dans le cas de la Résurrection de Lazare, on doit donc se demander quel est le sens de cette
«  Résurrection »

Sous les traits de Lazare,Marthe, Marie, il faut voir plus large, Jean commence son récit ainsi ; «  Il y avait un homme asthénique( = malade), du nom de Lazare ( Jean 11 – 1), L'asthénie est une maladie un peu particulière qui «  ne conduit pas à la mort », dit Jésus,( Jean 11 – 4)
Et si ce «  grand malade » était l'humanité ? La question devient alors, en créant un néologisme ;
«  l'humanité est-elle, ressuscitable ? »
 Pour avoir un début de réponse, appliquons cette histoire à nous mêmes, de manière à «  se lire dans le texte » Nous lecteurs, pouvons-nous être sortis du tombeau ? Que signifient ces bandelettes qui entourent Lazare ?
Les deux soeurs disent tour à tour à Jésus «  Si tu avais été là, notre frère ne serait pas mort »,N'est-ce pas là le cri de l' humanité quand nous ne comprenons pas le silence de Dieu devant les malheurs de la vie ?

Lazare, Marthe, Marie, Thomas appelé Didyme, représentent chacun une part d'humanité,

LAZARE = Eléazare = Dieu vient en aide,
Il vivait à BETHANIE : Beth = Maison / Anie = ma / Bethanie = ma maison,
Il est atteint d'asthénie, sorte de grande faiblesse, Puis il semble mort, Pourtant, le Christ dit à ce sujet ; «  Cette maladie ne va pas à la mort,,,,  Lazare, notre ami, repose,,,je vais le réveiller »,

MARTHE : C'est elle qui rencontre Jésus en premier, C'est une maîtresse femme,courageuse, Elle proclame sa foi «  J'ai toujours cru que c'est toi le Christ, le Fils de Dieu, qui doit venir dans le monde » , Par deux fois, elle dit   je sais , «  Je sais que tout ce que tu demanderas à Dieu, il te l'exaucera, ,,,Je sais qu'il ressuscitera, lors de la Résurrection, au dernier jour », Cependant, malgré toutes ses certitudes, elle n'est pas encore dans la Révélation, «  Seigneur, si tu avais été là, mon frère ne serait pas mort », Ce sera au Christ de la conduire à cette révélation,


MARIE :
Elle est dans le registre de l'affectif, Dès que Marthe lui annonce la présence du Christ, elle s'empresse de se lever et de courir vers lui, Elle se jette à ses pieds, Marie pleure beaucoup, les Juifs la suivent, ce qui ne s'était pas produit avec Marthe, Ils pleurent autour d'elle et le Christ pleure, lui aussi, L'émotion de Marie est contagieuse, Par cette émotion, les corps parlent,

THOMAS le DIDYME ( = le jumeau) :
Il est prêt à suivre le Christ, malgré les dangers qui le guettent, tels que la lapidation par les pharisiens, Il se sent apte à mourir avec le Christ,

Les «  râleurs » :
V,37   certains d'entre eux dirent : « ne pouvait-il , lui qui a ouvert les yeux de l'aveugle, faire aussi que cet homme ne mourût pas? » ,Comme nous leur ressemblons à ceux-là, ceux qui veulent des gestes spectaculaires !

IMPORTANCE DU RÔLE FEMININ:
On constate que dans ces personnages, ce sont les femmes, Marthe et Marie, qui servent d'intermédiaires entre le Christ et les autres hommes, de même que dans les noces de Canna, c' était Marie qui avertissait le Christ «  Ils n'ont plus de vin », Les femmes sont les porte-parole de l'humanité qui se reconnaît malade, quand d'autres seraient dans le déni,


ASTHENIE et RÉSURRECTION de LAZARE :

La maladie de Lazare est une maladie «  qui ne va pas à la mort », Cette phrase est déjà contenue dans le prologue, «  Cette maladie ne va pas à la mort, mais elle est en vue de la gloire de Dieu, afin que, par elle, soit glorifié le Fils de Dieu »,( v,4) Que signifie cette phrase étrange ?

La mort:
Cette maladie ne va pas à la mort, telle que vous l'imaginez, « Lazare, notre ami, repose,,,je vais le rtéveiller », Les disciples parlent de mort, le Christ parle de sommeil,  

La gloire de Dieu :
Pour nous, la gloire, c'est le fait d'être connu,
En hébreu, la gloire, c'est ce qui a du poids,
Ici, la gloire, c'est une présence de l'inattendu, c'est ce qui se voit, Cette maladie existe en vue de rendre visibles Dieu et le Fils de Dieu,
La gloire, c'est la VISIBILITÉ, Nous sommes invités à être la visibilité de Dieu, les uns pour les autres,

Croire :
«  Lazare est mort et je me réjouis pour vous de n'avoir pas été là, afin que vous croyiez », ( v, 14 à 17)
Le Christ affirme ici, d'une manière fort déconcertante pour ceux qui l'écoutent, qu'il n'est pas là pour empêcher les gens de mourir, au sens humain du terme, En effet, en même temps, il dit plus loin «  quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais »,Vivre ne serait donc plus être des humains animés, au sens propre, mais Vivre et Croire, seraient la même chose,

Le Fils :
«  Que par elle soit glorifié le Fils de Dieu »,Qu'est-ce que le Fils ?
Le fils, ce n'est pas une personne, ni un groupe, C'est une réalité un peu mystérieuse, C'est cette idée que ce qui nous fait exister vient au-delà de nous, Croire au Fils, ce n'est pas croire en quelqu'un mais croire que nous sommes tous en relation les uns avec les autres, Quand le Christ dit «  je », nous ( nous, croyants) sommes inclus dans ce «  je »,

CONCLUSION : LA RÉSURRECTION SELON SAINT JEAN :

Pour Saint-Jean, c'est à travers le Christ que nous participons à la Résurrection, La vie dont il nous parle, nous ne l'avons pas en propre, C'est quelquechose qui nous relie au Fils, Nous hébergeons une parcelle de Vie qui est bien plus grande que nous, Elle ne nous appartient pas , elle nous dépasse,
Comme le dit le poète Kalil Gibran « Vous êtes les fils de la vie, Vos enfants ne sont pas vos
enfants,,, » etc, Chez Saint-Jean, il n'y a ni passé ni futur, L'heure, c'est l'Eternité,

C'est donc le récit de la maladie de Lazare, de son asthénie, qui nous amène curieusement à la Vie,
Jésus interpelle vigoureusement Lazare, presque avec violence « Lazare, ici, dehors ! », De même,sur le même ton autoritaire, il ordonne « Déliez-le et laissez-le aller »,Par ces paroles, Lazare retrouve sa Liberté, On a supprimé les liens dont les autres étaient aussi responsables,

Ce texte, comme beaucoup de textes de Saint-Jean, est une proclamation pascale,

mercredi 17 décembre 2008

L'onction de Béthanie ( Marc 14)

L’Onction de Béthanie ( Marc 14)


L’histoire d’une femme qui verse un parfum de grand prix sur le corps du Christ, figure dans les quatre Evangiles. Ici, l’évangéliste Marc ( 14) ne dit pas le nom de cette femme et la scène se passe à Béthanie, chez Simon le lépreux. Dans Jean, la femme s’appelle Marie et la scène se passe chez Lazare après sa résurrection. Elle y verse le parfum sur les pieds du Christ qu’elle essuie de ses longs cheveux. Ici, c’est sur la tête du Christ qu’elle verse le parfum après avoir brisé son contenant, le vase. Cette femme apporte ce qu’elle a de plus beau et de plus précieux à l’homme qu ‘elle aime. Elle dépense sans compter, dans un contexte, soit de mort ( chez Lazare), soit d’impureté( chez Simon le lépreux). Dans Jean, la femme avait apporté le parfum pour le défunt : Lazare, afin de lui rendre les hommages traditionnels au moment de la sépulture. Mais, Lazare étant ressuscité , son nard était devenu inutile. C’est pourquoi, elle le répandait sur les pieds du Christ. Ici, dans Marc, le Christ sentant que sa fin est proche, considère que par ce geste : elle a parfumé d’avance son corps pour la sépulture. Dans un cas comme dans l’autre, le parfum de grand prix conjure la laideur celle de la mort ou de la maladie.

Devant tant d’inconséquence et de folie, car le parfum coûte très cher, les hommes présents s’indignent.
Deux logiques s’affrontent :
La logique matérialiste des hommes scandalisés par cet argent gaspillé inutilement. « on aurait pu donner cet argent aux pauvres… »
La logique irrationnelle de la femme qui crée un geste gratuit, inoubliable, avant la passion du Christ.
Dans les deux cas, chacun a conscience que le parfum représente une valeur, mais leurs valeurs ne sont pas les mêmes.

Cette femme a fait œuvre de création. « C’est une belle œuvre qu’elle a faite en moi », dit le Christ. « Ce qu’elle pouvait, elle l’a fait », trouve-t-on dans une autre traduction. En effet, par ce geste extraordinaire, l’Evangile ne sera plus seulement « parlotte ». Grâce au parfum libéré par le vase, la mémoire de cette femme, contribuera aux messages transmis dans les Evangiles. « Partout où sera proclamé l’Evangile, au monde entier, ce qu’elle a fait sera aussi raconté en mémoire d’elle », dit Jésus. Sans doute, seule une femme pouvait faire un geste aussi extrême , aussi fou, sans calcul matérialiste, geste d’absolu.

Apparemment, l’argent ainsi dépensé, ne sert à rien. Mais ce n’est qu’une apparence car on peut voir dans le couple « vase rompu + parfum versé » une métaphore du couple « corps du Christ martyrisé + sang de Jésus versé ». Le parfum versé par cette femme restera à jamais dans notre souvenir . Par son geste, cette femme est à l’origine de quelque chose…. Il est le symbole d’un Amour absolu, gratuit, sans calcul, sans arrière-pensées.

samedi 29 novembre 2008

Marie de Magdala(Jean 20)

MARIE DE MAGDALA ( Jean 20) :


La gloire de Jésus manifestée aux disciples après la Résurrection ( Jean 20, 1-31)

Dans notre sujet sur les femmes dans la Bible, nous abordons à nouveau ici le rôle particulier d’une femme : Marie, la Magdaléenne, dans la reconnaissance du Christ après sa
Résurrection. Cet épisode nous amène, d’entrée, à faire le parallèle entre trois figures féminines :
Marie, mère de Jésus, à qui l’ange Gabriel fait l’ Annonciation ( le Messie va venir)
Marie-Madeleine, qui annonce le Messie aux Samaritains ( le Messie est là)
Marie de Magdala, qui annonce la Résurrection du Christ aux disciples ( le Messie est revenu)
Ces trois femmes jouent un rôle capital dans le lien entre le Christ et les hommes.

I ) S’agit-il d’une nouvelle Genèse ?

Rappelons les faits :

Après la mort du Christ, le vendredi saint, celui-ci a été mis au tombeau par Nicodème et Joseph d’Arimathie, avant que les Juifs célèbrent le Sabbat. Ceux-ci tenaient particulièrement à ce que le paysage soit « nettoyé» de ces cadavres encombrants avant le Sabbat, le jour le plus important de la semaine, selon leurs coutumes
Nicodème et Joseph ont pris soin de lier le corps du Christ de bandelettes avec des aromates : mélange de myrrhe et d’aloès. C’est là que, trois jours après sa mort, Marie la Magdaléenne se rend au tombeau pour y voir le Christ. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que la pierre a été enlevée du tombeau ! L’ aventure commence !

Jean nous précise que cette histoire se déroule le premier jour de la semaine : notre dimanche.
Le fait qu’ici, les événements aient lieu le premier jour de la semaine, nous pose question : Est-ce la Genèse qui recommence avec une nouvelle conception de l’existence après la Mort du Christ ?

Ce rapprochement s’accentue encore du fait que la scène se passe le matin, alors qu’il fait encore sombre , de même que, tout au début de la Genèse, le monde est dans les ténèbres ! De plus, à la fin de cet épisode, le Christ dit à Marie « cesse de me toucher » . On peut y voir une allusion au jardin d’Eden où Eve avait touché à l’arbre de la Connaissance.

II) Regarder et voir :

Lorsque Dieu crée le monde, la Bible nous fait assister à un spectacle inouï !
Ici, le spectacle l’est tout autant, et cet épisode est rempli des verbes grecs qui veulent dire
« voir » :
- Blepo = apercevoir . Marie aperçoit la pierre enlevée.
- Theoreo = contempler, scruter, observer. Le disciple voit les bandelettes posées là
- Orao = voir, au sens de croire . Le disciple vit et il crut .( cf eureka. J’ai compris )
Ici, chacun voit à son niveau quelque chose de différent

Dès qu’elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau, la femme comprend tout de suite que le Christ a été enlevé. Le disciple, se penchant ( c’est le même qui posait sa tête sur l’épaule du Christ lors de la Cène) aperçoit les bandelettes. Simon Pierre voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire roulé plus loin . Ensuite, Marie verra autre chose : les anges, puis le jardinier . Ainsi, chacun voit quelque chose, par étapes .
Au verset 8, l’autre disciple vit et il crut . Ce que Pierre n’ a pas pu articuler, l’autre disciple le fait à sa place .
Et que voient-ils donc ?

Le premier disciple arrivé aperçoit les bandelettes posées là, signe que le corps a été délié.
Puis, Simon Pierre arrive . Il voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire qui était sur sa tête, non pas posé avec les bandelettes, mais roulé à part, dans un autre endroit. Pierre voit la même chose que son compagnon, mais avec un élément de plus : le suaire qui était sur la tête de Jésus, suaire lui aussi porteur d’un signe .
Le suaire roulé s’apparente aux Ecritures roulées sur du parchemin .On nous précise bien que le suaire est à part, dans un autre endroit. Les éléments qui enveloppaient le corps et la tête sont séparés. La tête est comme préservée, à la manière des Ecritures. Le suaire nous révèle la préservation de quelque chose qui pourrait bien être l’image de l’Eglise, chargée de préserver le message du Christ. Or, notons que c’est Pierre ( futur représentant de l’Eglise) qui le voit.

Pourtant, cette vision est encore incomplète puisqu’aux versets 9 et 10, Jean nous dit que les disciples retournent chez eux malgré ce qu’ils ont vu car ils n’ont pas encore compris l’Ecriture selon laquelle le Christ devait ressusciter d’entre les morts .Contradiction apparente entre les versets 8,9 et 10 . L’Ecriture est pourtant présente dans le Suaire, mais elle est encore hermétique pour eux. Jésus devait ressusciter d’entre les morts, et ça y est ! Il est ressuscité ! Mais qui va leur ouvrir les yeux ? Eh bien, c’est la Femme, Marie, qui pourra leur apporter la Révélation Une fois de plus, le rôle féminin est essentiel ici.

Et Marie, que voit-elle ?

Elle est la première à apercevoir la pierre enlevée du tombeau et donne l’alarme aux compagnons du Christ. Mais, après leur départ, elle se retrouve à nouveau seule près du tombeau, et elle pleure… expression bien féminine ! Nous avons vu dans Saint-Paul que les Femmes sont du côté de l’Incarnation. Marie, par ses larmes, laisse son corps exprimer sa souffrance.
C’est alors qu’elle voit deux anges en blanc, assis où avait été placé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.
Pour ceux qui connaissent la Bible, on retrouve là une allusion au Saint des Saints dans le temple de Jérusalem, où deux anges séparés par un espace vide, figuraient le présence de Dieu, la Shekinak.
Si Pierre a vu une manifestation de l’Ecriture, Marie, elle, voit une figure de l’ Ancien Testament et ceci bien qu’elle ait les yeux brouillés de larmes. Elle cherchait un corps et elle trouve la présence invisible.
Puis, elle exécute un retournement spectaculaire, puisqu’elle se retourne deux fois, elle voit Jésus qui se tenait là ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Et, enfin, elle l’entend l’appeler Marie. Elle pourra dire aux disciples « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit » et, pourtant, cette fois, ce n’est pas la vue mais l’ouïe qui lui fait reconnaître le Christ ressuscité. C’est parce que Jésus l’a appelée par son nom qu’elle l’a reconnu.

D’où notre dernier point de réflexion, à propos des noms, des appellations données aux différents protagonistes.

III) Importance des appellations :

Tout au long de la narration les personnages changent d’appellation . Ils sont tout d’abord trois : Marie la Magdaléenne, Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait.

Que veut dire cette périphrase celui que Jésus aimait ? Désigne-t-elle Jean qu’on appelle souvent le disciple bien aimé ? C’est peu probable puisque ici le narrateur est Jean lui-même !
Ce disciple est plutôt l’image du disciple chrétien auquel chacun peut s’identifier, dans lequel chacun peut se reconnaître. Quand Pierre et lui courent vers le tombeau, l’autre disciple court plus vite . Mais, quoique arrivé le premier, il n’entre pas . Ce n’est qu’après la découverte de Simon Pierre qu’il entre à son tour, qu’ il voit et il croit . On peut faire un parallèle avec Jean-Baptiste et le Christ. Jean-Baptiste dit que celui qui vient après lui chronologiquement, c’est-à-dire, le Christ, est, en fait avant lui. C’est pourquoi, on peut dire que dans celui qu’on désigne par cet autre disciple, il reste une part de mystère.

Marie la Magdaléenne devient ensuite Marie, tout simplement. Or, l’Ancien et le Nouveau Testament sont pleins de femmes à s’appeler Marie. En chaque femme, il y a une Marie. Son appellation contient deux informations : La Magdaléenne nous indique d’où elle vient ( de Magdala). Marie , c’est la femme qu’elle est devenue, c’est « la Femme ».

Simon Pierre devient simplement Pierre, Simon étant son nom de naissance, Pierre, le nom que lui donne le Christ. Là encore, ces deux appellations contiennent deux informations : Simon, c’est là d’où il vient , le nom que lui ont donné ses parents, Pierre, c’est là où il va. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église ».

Lorsque les anges s’adressent à Marie, ils l’appellent femme , ainsi que le Christ, lorsqu’il lui parle pour la première fois. Cette appellation conviendrait à toute femme, quelle qu’elle soit. Ce n’est que lorsque Jésus l’appelle Marie qu’elle le reconnaît, parce qu’elle se sent reconnue ! Elle croit que cet homme qu’elle prend pour le jardinier va lui indiquer un lieu. Or, c’est son nom qu ‘elle entend, comme si elle était elle- même le lieu qu’elle cherche.
Cela nous indique que chaque être humain est le temple de Dieu .

Marie, de son côté, ayant reconnu le Christ, l’appelle Rabbouni, c’est-à-dire maître( plus déférent et plus solennel que rabbi ) et souvent usité quand on s’adressait à Dieu. Cette appellation prouve qu’elle a eu La Révélation. C’est alors, quand Marie aura cesser de toucher Jésus, débordante de tendresse, qu’elle pourra témoigner de la fantastique nouvelle : le Christ est ressuscité ».

Message final :

L’épisode se termine par les paroles prophétiques et signifiantes prononcées par Jésus.
« Je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va-t-en vers mes frères et dis leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».
En appelant tous les hommes mes frères, il définit ainsi la fraternité universelle, élevant les hommes au même rang que lui.
Enfin, c’est la Femme qui a pour mission d’annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection. Son rôle est de taille ! Elle peut déclarer à ses frères : « J’ai vu le seigneur et voici ce qu’il m’a dit. »

mardi 7 octobre 2008

Paul: tenue des femmes .Cor.11

Saint-Paul : Epître aux Corinthiens 11


LA TENUE DES FEMMES DANS LES ASSEMBLEES RELIGIEUSES :


Les Corinthiennes avaient pour coutume de porter un voile dans les lieux publics. Saint-Paul constate qu’elles prennent l’habitude de l’ôter dans les assemblées chrétiennes, sous prétexte sans doute de « liberté évangélique ». Visiblement agacé par cette initiative, il s’adresse aux Corinthiens, dans cette épître 11, en des termes qui lui ont souvent valu la réputation explosive de détestable « macho ». Nous allons tenter de découvrir le message de ce texte. Cette tâche est difficile, car l’épître s’inscrit dans le contexte social et culturel d’une époque, et, en même temps, Saint-Paul était lui-même en contradiction fréquente avec son temps.

Voyons tout d’abord les paroles qui ont valu à Saint-Paul la réputation de machiste :

« Le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme…
Toute femme qui prie ou prophétise, le chef non voilé, fait honte à son chef ; c’est exactement comme si c’était une femme rasée. Si donc une femme ne se voile pas, qu’elle se tonde aussi. Mais s’il est honteux pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle se voile !
L’homme, lui, ne doit pas se couvrir le chef, parce qu’il est l’image et la gloire de Dieu ; quant à la femme, elle est la gloire de l’homme. L’homme, en effet, ne vient pas de la femme, mais la femme de l’homme. Et ce n’est pas l’homme qui a été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir un signe de sujétion, sur le chef, à cause des anges… »

La prière ou « prophétisation » des hommes et des femmes :

En lisant Paul, on constate que la prière diffère selon que l’on est homme ou femme. Les uns doivent être tête nue, les autres pas. Paul recommande de « retenir ses traditions » non pas pour les reproduire bêtement, mais pour en garder l’esprit en les ayant bien comprises. Dans toutes les civilisations, on distingue nettement les hommes et les femmes par le costume, la coiffure, le maquillage, etc. Du temps de Paul, les femmes se voilaient dans les assemblées. Cette pratique lui semble primordiale, puisqu’il emploie les termes de gloire et de honte. Il est honteux pour une femme de ne pas se voiler. Tandis que l’homme, tête nue, est la gloire de Dieu.
Y a-t-il là une mesure humiliante et discriminatoire à l’égard des femmes, ou s’agit-il d’autre chose , puisque, paradoxalement, il nous dit dans le même temps que la femme est la gloire de l’homme ?
Comment expliquer cette apparente contradiction ?

Le voile :
Nous avons déjà vu, dans l’Ancien Testament, Rebecca qui mettait son voile avant de parler à Isaac, qui allait devenir son mari. Pourtant, elle était sans voile au milieu des autres hommes. Mettre le voile devant son futur époux était donc bien un geste symbolique. Nous avions déjà étudié ce symbole dans Genèse 23, 24. Pour vous le remettre en mémoire, voici retranscrit le passage que j’avais intitulé « Rebecca se voile devant Isaac » :
«Ce geste est une tradition : la fiancée ne se dévoile que dans la chambre nuptiale. Se voiler, pour une femme, est un geste de délicatesse pour ne pas agresser l’autre. Isaac ne se sent pas encore prêt à être son « maître ». Mais, le voile a aussi une signification théologique. En voyant Rebecca voilée, le voile lui rappelle que Rebecca est celle que Yahvé a réservée pour lui. Le voile a deux rôles : signaler et protéger. Derrière le voile, il y a ce qui est le plus précieux. Le voile signale un mystère et, en même temps, garde le mystère. Il a donc un rôle paradoxal : il protège un bien précieux qu’il révèle et cache en même temps.
On pense à l’artiste de 20 ème siècle Cristo qui, avec Jeanne Claude, emballa le Pont-Neuf ( le plus vieux pont de Paris) le 23 septembre 1985, dans de grands voiles blancs, comme on le ferait pour un présent, le but étant de faire découvrir aux citadins, la beauté cachée d’un monument que beaucoup côtoient pourtant tous les jours. »

Dans cette épître aux Corinthiens, il ne s’agit pas de mariage, comme pour Rebecca, mais de prière. Les hommes et les femmes font la même prière, alors où est la différence ? Pourquoi Paul veut-il que les femmes restent voilées, alors que les hommes ont le chef découvert ? Dans certaines religions, ce sont les hommes qui se couvrent la tête, notamment chez les Juifs, qui portent la kippa. Dans l’église catholique actuelle, les évêques ont gardé cette tradition d’être tantôt couverts, tantôt découverts, au cours d’un même office. Couvert, l’évêque représente l’Eglise. Découvert, il redevient un homme comme les autres, fidèle parmi ses semblables.

Et dans cette assemblée corinthienne, pourquoi, semble-t-il si vital à Paul que l’on ne confonde pas hommes et femmes ? Qu’est-ce qu’ une femme doit voiler ? Pourquoi devrait-elle avoir honte de se conduire comme un homme ?
C’est qu’elle protège quelque chose qui est de l’ordre de la Vie. Mettre un voile devant une source de vie, nous dit : » il y a là quelque chose qui est inaccessible, qu’on n’a pas à manipuler sans vergogne » de même qu’on voile une statue avant de l’inaugurer, ce qui indique que, sous le voile, se trouve un objet précieux que l’on se doit de respecter.
L’homme extériorise, la femme intériorise.
L’homme montre, la femme fait percevoir ce qu’on ne peut pas voir.
De même que dans le langage parlé, il y a le dit et le non-dit. Dans les assemblées de prière, il a les éléments masculins et féminins, chacun avec son rôle . Les hommes incarnent ce qui est visible. Les femmes avec leur voile, incarnent l’invisible. Leur rôle devient donc complémentaire. Si la réalité était « épuisée » uniquement par ce qui est visible, on enlèverait la place aux femmes. Or celle-ci est primordiale dans sa retenue. Une trop grande visibilité devient aveuglante. C’est ce qu’expérimentent les Hébreux lorsque Moïse descend du Sinaï avec les tables de la loi. Ils disent à Moïse : « Voile-toi, tu nous aveugles ».
Vu sous cet angle, le voile féminin, loin d’être une marque de soumission, indique par son mystère, le grand respect accordé aux femmes et au rôle qui est le leur. Dans une prière , il faut du couvert et du voilé, du visible et de l’invisible, et donc du masculin et du féminin.

Les problèmes de traduction :

L’interprétation du message contenu dans cette lettre n’est déjà pas chose aisée, compte-tenu du décalage de contexte historique, mais la difficulté en augmente encore quand on examine de près les subtilités de sa traduction.
Voici sélectionnés quelques-uns des mots dont le sens comporte des ambiguïtés :
- Chef , tête et visibilité
- Les anges
- Sujet, sujétion

Tête et chef :
Il y a une proximité entre ces deux mots ( caput en latin). En français, on dit indifféremment être à le tête de ou être le chef de . Observons la traduction Osty de cette épître de Paul :
« Le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise, le chef couvert, fait honte à son chef. Toute femme qui prie ou prophétise, le chef non voilé, fait honte à son chef » etc.
On constate dans ces phrases, que le mot chef prend tour à tour le sens de maître, celui qui est au-dessus dans la hiérarchie, puis le sens de ce qui couvre la tête.

Intervient ici la notion de visibilité, dont nous avons déjà parlé. Nous avons vu ci-dessus que dans le langage parlé, il y a du dit et du non-dit, du visible et de l’invisible.
Pour Paul « le chef du Christ, c’est Dieu ». « Mon corps n’est vivant que par sa tête », dit Jésus. Le Christ ne vit que par son père, son chef. Mais, celui qui s’est incarné, c’est lui, le Fils. L’élément visible, c’est donc lui, le Fils. Par son incarnation, il permet d’avoir un accès à Dieu, le père.
De même, Paul dit « le chef de la femme, c’est l’homme ». On peut s’indigner devant cette phrase, si on donne au mot chef le sens de maître . Mais, si l’on garde cette idée de visibilité et d’invisibilité, on aboutit à une autre lecture.
La visibilité de la femme, c’est l’homme. Elle, elle se voile pour garder son mystère. Et c’est justement cela qui lui vaut le respect. Quant à l’homme, il contribue à ce qui fait son goût de la Vie. C’est pour et par lui qu’elle peut donner la vie. Lorsqu’elle enfante, elle rend visible ce que tous deux ont expérimenté sans le voir. Ils sont complémentaires, l’un dans le visible, l’autre dans le voilé.

« Aussi bien dans le Seigneur, ni la femme ne va sans l’homme, ni l’homme sans la femme ; car de même que la femme vient de l’homme, l’homme vient par la femme, et le tout vient de Dieu ».
Lorsque Paul dit cela, il n’établit pas de hiérarchie entre les deux sexes. Il insiste sur leur interdépendance et n’est donc pas aussi macho qu’on a pu le dire. Il introduit une notion nouvelle , différente de celle des mystérieux « anges » dont nous parlerons plus bas.

Les anges :
« Ce n’est pas l’homme qui a été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir un signe de sujétion sur la tête à cause des anges ».
Quand Saint-Paul dit que la femme a été créée à cause de l’homme, il fait sans doute allusion à la Genèse, 2. Mais, que diable viennent faire les anges dans son propos ?
Osty nous dit que les « anges » étaient les gardiens du bon ordre dans les assemblées. Les écrits de Qoumrân nous montrent des anges présents dans les assemblées. Auquel cas, Paul fait le distinguo entre la hiérarchie selon les anges
( v.11) et selon le seigneur ( v.12). Selon les anges, gardiens de la paix, les femmes semblent soumises aux hommes. Alors que dans le seigneur, ils sont interdépendants et les deux viennent de Dieu, leur seul supérieur hiérarchique, idée pour le coup , révolutionnaire à l’époque.

Traditionnellement, que représente l’ange ?
Il est un être qui n’a pas de corps. Or, dans le christianisme, le corps a une importance primordiale, puisque le Christ est le Dieu fait chair . En distribuant la communion, le prêtre ne nous dit-il pas : » Le corps du Christ » ? Sans l’Incarnation, Dieu aurait-il un intérêt pour les êtres humains ? Pas dans le christianisme, en tout cas.
Dans les assemblées de prières où les femmes portent un voile, celui-ci est une délimitation de leur corps. Il serait donc un rappel de leur incarnation face aux hommes qui pourraient être tentés de se croire de purs esprits. Dans les communautés chrétiennes, les femmes sont donc à l’opposé des anges sans corps. Et leur présence rappelle l’importance du corps dans la communauté. Elles sont donc du côté de l’incarnation.

Sujet et Sujétion :
« La femme doit avoir un signe de sujétion sur la tête à cause des anges ». ( v.10)
Le mot sujétion comporte bien des ambiguïtés. En effet, il vient d’un mot grec qui n’a pas le sens de soumission donné à l’époque actuelle, mais au contraire, celui d’ autorité, pouvoir, droit.
De plus, même en français moderne, le mot sujet a plusieurs sens.
Etre le sujet de quelqu’un signifie qu’on lui est assujetti et donc qu’il nous domine.
Mais on oppose aussi souvent le mot sujet à celui d’objet, avec une tout autre acception. Etre le sujet de sa vie, c’est agir en toute connaissance, être maître de ses décisions. Alors qu’être l’objet de convoitises ou autres, c’est subir quelque chose de désagréable, indépendamment de notre volonté.
Dans certains cas, le mot sujet a donc une valeur négative( soumission), et dans d’autres, une valeur positive( sujet libre et actif).
Si Saint-Paul utilise le mot sujétion au sens grec de son époque, le voile que les femmes portent sur la tête n’est pas un signe d’assujettissement, mais, au contraire, d’autorité.

Conclusion :

Quand Saint-Paul nous dit : « Convient-il qu’une femme prie Dieu sans voile ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour un homme de porter les cheveux longs, tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ?Car la chevelure lui a été donnée en guise de vêtement »
on ne peut pas lire cette épître de Saint-Paul en la calquant sur les critères qui sont les nôtres aujourd’hui. Il faut la replacer dans son contexte. Une lecture attentive nous a permis de voir qu’elle n’est pas aussi machiste que notre féminisme contemporain pourrait le laisser croire. Selon lui, le port du voile pour les femmes est une marque du respect qu’on leur doit. Enfin, l’égalité dans laquelle il place hommes et femmes devant Dieu, révolutionnaire pour l’époque, témoigne de l’importance qu’il leur accorde.

La Samaritaine ( Jean 4)

LA SAMARITAINE ( Jean 4)

Le récit de La Samaritaine, chez Jean, suscite un certain nombre de questions que nous nous efforcerons d’évoquer, soit dans l’ordre où elles apparaissent, au fur et à mesure de la narration, soit en relation avec la Genèse, 29, ou la passion du Christ. .

Jésus part en Galilée :

Jésus part en Galilée, quand il apprend que les pharisiens disent de lui qu’il fait plus de disciples que Jean et qu’il baptise plus que lui :

Au chapitre 3 v.22 , on apprend que Jésus baptise.
Au chapitre 4 v.1, on apprend que ce sont ses disciples qui baptisent.
Pourquoi Jésus part-il en Galilée ? A –t-il peur de quelque chose ? Part-il pour éviter la comparaison avec Jean, que les Pharisiens ne manquent pas de faire en le considérant comme une sorte de « superJean » ?
En fait, il n’y a pas de rivalité entre eux. Mais, le baptême n’a pas le même sens pour les deux personnages. Les disciples du Christ baptisent en son nom.

Il lui fallait traverser la Samarie :

Jean dit que Jésus devait traverser la Samarie, lieu où les Juifs ne passaient jamais, car ils considéraient les Samaritains comme impurs. La Samarie n’a été convertie qu’après la mort du Christ et sa résurrection. Habituellement, les Juifs n’y allaient jamais.
Cette phrase « il lui fallait traverser la Samarie », n’est donc absolument pas historique, mais symbolique.
Le récit est, en effet, ici, profondément théologique. Jésus devait traverser la Samarie, car l’ Evangile doit être confronté à toutes les cultures.
La Samarie, c’est ce que Jacob a transmis à Joseph. Or Joseph n’est pas le descendant direct de Jacob. Jacob n’a pas béni directement Joseph, mais les enfants de Joseph.
D’où la question : « qu’est-ce que Jacob a transmis à Joseph que l’on va retrouver ici ? »

Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? demande la Samaritaine

Jésus et la Samaritaine se rencontrent auprès d’une source. Nous retrouvons ici une figure déjà présente à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament où les puits et les sources sont des lieux de rencontres, de reconnaissance, des lieux messianiques.
Dans la Genèse, 29, Jacob arrive chez Laban après avoir rencontré Rachel au puits. Il a gagné ses faveurs en faisant boire le petit bétail de Laban, même si ce n’est pas l’heure, et en roulant la pierre, dans un geste protecteur à l’égard de Rachel. Jacob embrasse Rachel et pleure d’émotion, son baiser et cette rencontre sont « source » de larmes. C’est ensuite que Laban reconnaît Jacob avec ces mots : « Tu es mes os et ma chair » ( allusion à Adam et Eve). La scène du puits était donc le prélude à une reconnaissance. Lorsque la Samaritaine parle du puits de Jacob, c’est à ce puits qu’elle fait référence.

Les allusions métaphoriques :

Que représentait la pierre, qui bouchait l’entrée du puits ?

Cette pierre ne pouvait être enlevée que lorsque tous les troupeaux étaient rassemblés. Alors, seulement, ils avaient accès à la source. Ce rassemblement est une allusion à l’Eglise ( ecclesia= église= rassemblement) . Or, il se passe avec Jacob et Rachel quelque chose qui ne se passe habituellement que lorsque tous sont rassemblés. Puisque, Jacob, rencontrant Rachel, a le pouvoir de faire ce qu’habituellement le groupe rassemblé peut faire. Dans l’épisode précédent ( Gn 28. 10), l’échelle de Jacob était la rencontre du ciel et de la terre. Ici, un homme seul peut faire ce qui se passe quand tout Israël est rassemblé : rencontre du ciel et de la terre.

Si Jacob devait rouler la pierre pour ouvrir l’accès au puits, dans La Samaritaine, Jésus est assis sur la source elle-même, à même la source, car il est la Source lui-même.

Dans les deux textes, le puits est le lieu de rencontre entre un homme et une femme.
Mais, pour Jacob et Rachel, il prépare des fiançailles. Entre Jésus et la Samaritaine, y aurait-il des fiançailles métaphoriques ? La Samaritaine n’a pas de nom. Elle représente la Samarie, ainsi que les femmes dans leur ensemble. Y aurait-il dans la Samaritaine, une préparation de la naissance de l’Eglise ?


Que dire de l’heure où se déroulent les faits ?
Dans l’Ancien Testament, l’heure habituelle pour abreuver le bétail (épisode « liturgique ») était le soir . Jacob prend l’initiative de le faire en plein jour. De même, dans La Samaritaine, Jésus rencontre la femme à la sixième heure, c’est-à-dire le midi, et donc en pleine clarté. C’est alors que l’on peut montrer quelque chose. Mais, la sixième heure, c’est aussi celle qui débute le calvaire du Christ.
C’est pourquoi, si l’on peut faire un parallèle entre les deux textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, quoique Jacob ne soit pas Jésus, on peut aussi faire un rapprochement entre la Samaritaine ( Jean 4) et la future passion du Christ.

Jésus est fatigué du voyage.
Lors de sa passion, Jésus connaîtra ce même épuisement d’avoir tout donné.

Il demande à boire à la samaritaine. Sur la croix, il dira aussi « J’ai soif ».

Les apôtres sont allés lui chercher à manger. Ils sont soucieux de sa nourriture. Avoir à manger ou à boire paraît donc essentiel pour Jésus.

Mais, Jésus déjoue tous les clichés :
aux disciples qui reviennent lui apporter de la nourriture, il la refuse. A la samaritaine à qui il a demandé à boire, il parle d’une tout autre eau de source.

En effet, Jésus entreprend une autre recherche : elle n’est pas matérielle mais spirituelle. Nous autres, êtres humains nous avons des manques. Nous cherchons comment les combler. Et, pour répondre à la question suivante : « comment entrer dans une démarche
spirituelle ? », l’évangéliste Jean utilise la pédagogie du malentendu.

La pédagogie du Malentendu :

De même qu’en refusant la nourriture apportée par les apôtres, il signifie qu’il privilégie la nourriture spirituelle à la nourriture terrestre, de même, avec la Samaritaine, il engage un dialogue ambigu à propos de la soif et de l’eau de source.
Par cette demande : « donne-moi à boire », la Samaritaine comprend bien sûr, que Jésus a soif , comme c’est le quotidien dans un pays aux fortes chaleurs.
Mais, la seconde phrase de Jésus indique tout de suite que sa conversation est mystérieuse. « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te demande donne-moi à boire, tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ». Pourquoi la femme aurait-elle demandé à boire, puisque c’est Jésus qui est censé avoir soif et être dans la situation du demandeur ?La Samaritaine n’entend rien à tout cela et reste très matérialiste et pratique : « tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où aurais-tu donc cette eau vive ?». On sent que le malentendu s’installe entre eux, car ils ne parlent pas de la même eau.

Lorsque Jésus parle de l’eau vive, il s’agit de l’eau source de vie, celle qui jaillit .
Mais, lorsque la Samaritaine évoque la source de Jacob, son ancêtre, celle dans laquelle il s’est désaltéré, Jésus, lui, en fait, n’ a pas besoin de boire de l’eau de cette source, car il est lui-même la Source. L’eau matérielle ne passe la soif que temporairement. Jésus entre dans une notion d’éternité. Il veut faire de chaque être humain une Source.


Que peut comprendre cette femme ? Jésus semble vouloir lui apporter quelque chose, mais quoi ? Fin psychologue, il l’interpelle sur un sujet qui l’implique personnellement : son mari et même ses cinq maris. Et cette fois, c’est nous, lecteurs, qui pouvons le connaître, ce malentendu. Comment interpréter ces cinq maris ? Cette femme est-elle une croqueuse d’hommes, perpétuellement insatisfaite, qui aurait collectionné les aventures ?
Il semble que l’explication soit tout autre. Dans l’Ancien Testament, les Samaritains ont été cinq fois idolâtres. Les cinq maris de la Samaritaine représenteraient ces cinq idolâtries. L’idolâtrie naît d’un problème de relation à l’autre, celui qu’on idolâtre. Jésus ne tient pas à être considéré par la Samaritaine comme un sixième mari possible, si elle tombait dans une sorte de « Jésuslâtrie ».

Ce que Jésus veut, c’est l’amener à croire. La Source, c’est la Foi. Encore faut-il que nous acceptions qu’elle coule. Croire, c’est laisser tomber tout ce qui empêche cette Source de couler. Quand Jésus dit à la Samaritaine Si tu connaissais le don de Dieu, il veut dire par là Si tu acceptais le don de Dieu. Les verbes savoir et connaître ne sont pas exactement synonymes. Savoir a un aspect notionnel, Connaître un aspect expérimental.
Savoir, c’est maîtriser, saisir, mettre la main sur…
Connaître, c’est naître avec, recevoir.
Donc, connaître devient le contraire de savoir.
A la fin de sa conversation avec Jésus, la Samaritaine part en abandonnant sa cruche. Elle n’en aura plus besoin puisque, par l’œuvre de Dieu, ayant connu la Foi, elle devient Source elle-même. Elle court dire à ses semblables : venez voir un être humain qui m’a dit tout ce que j’ai œuvré ; peut-être serait-ce le Christ ? Œuvrer n’a pas le sens de faire, fabriquer, mais mener à bien ce que l’on sait faire. Elle a compris qu’elle peut devenir une Source. C’est comme si le Christ lui avait dit « Va ! Ta foi t’ a sauvée ». Et, de fait, elle va convaincre les autres Samaritains, qui, à leur tour, vont entrer dans une démarche de Foi.
L’épisode de la Samaritaine est donc une démarche vers la Foi, un pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Rebecca, Esau, Jacob ( Gn.25)

REBECCA, ESAU, JACOB ( Gn. 25…)

Histoire d’Isaac et de ses fils Esaü et Jacob ( 25, 19)

Tout le monde connaît, ou a entendu parler de l’histoire d’Esaü qui vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles.
Nous allons essayer de nous remémorer cette histoire, racontée dans la Genèse, chapitre 25.

Rebecca se retrouve enceinte tardivement. On l’a longtemps crue stérile, et Isaac, son époux, a imploré Yahvé de lui venir en aide. La nouvelle de la grossesse de Rebecca semble donc être une bénédiction de Dieu.
Or, voici qu’enceinte de jumeaux, elle s’aperçoit que « ses fils s’entrechoquaient dans son sein », ce qui lui semble un mauvais présage pour l’avenir. Désespérée, elle en perd le goût de vivre et consulte Yahvé. Celui-ci lui fait le présage suivant :
« Il y a deux nations dans ton sein. Deux peuples, issus de tes entrailles, se sépareront. Un peuple sera plus fort que l’autre et l’aîné servira le cadet. »
Etrange prédiction ! Un aîné qui sert le cadet, voilà qui est contraire aux usages alors en vigueur ! Deux peuples qui se séparent, cela signifie-t-il qu’il y aura des guerres ? Concerneront-elles les deux fils seulement ou les générations futures ?
La Genèse ne nous dit rien alors de la réaction de Rebecca devant de tels propos. Ils n’ont pourtant rien de rassurant !

Rebecca accouche de deux fils : Esaü et Jacob
Esaü est roux. Roux = Edom en hébreu, à l’origine des Edomites.
A la naissance, Jacob tient le talon de son frère, dans la lutte pour l’empêcher d’être l’aîné. D’où son nom, Jacob, qui signifie « le talon », car il a « talonné » son frère, pour le supplanter, démontrant déjà par ce geste que la rivalité entre eux est inscrite dans leur destin.
Ce cadet, Jacob-Israël, sera à l’origine des Israélites.
Tous deux sont prédestinés à ne pas s’entendre. Par la suite, il y aura des conflits entre Edomites et Israélites. A la génération précédente, deux garçons, demi-frères par le père, Israël et Ismaël, étaient déjà en désaccord. Les enfants juifs sont-ils donc prédestinés à ne pas s’entendre ? La question est de taille, surtout si l’on pense aux nombreux conflits qui émaillent encore de nos jours, cette région du monde !

Episode du plat de lentilles :
Alors qu’ Esaü rentre des champs épuisé, il voit son frère, Jacob occupé à préparer un bouillon, un plat de lentilles. Il le supplie de lui donner de ce « roux » car, dit-il, il meurt littéralement de faim . Jacob y consent, mais à la condition expresse qu’en échange, Esaü lui cède son droit d’aînesse. Celui-ci accepte, estimant qu’il n’a que faire de son droit d’aînesse quand la faim le tenaille. Jacob exige alors qu’il lui donne sa parole, et Esaü jure qu’il lui cèdera son droit d’aînesse.
Cette scène se déroule relativement rapidement. Esaü, rassasié, part sans demander son reste et l’on remarque qu’il n’y a ni témoin, ni trace écrite de ce serment. Leur père n’est pas au courant de ce qui vient de se passer.
La Genèse en conclut qu’ Esaü « méprisa » le droit d’aînesse. Jacob est le plus avisé : il profite habilement de la situation. Le droit d’aînesse assure une position privilégiée dans la famille et aussi une double part dans l’héritage, d’après certains anciens droits orientaux, et ensuite en Israël. De plus, le serment garantit de façon inviolable la légitimité de la cession.
Esaü, pour sa part, satisfait un besoin immédiat, à court terme, quand son frère prévoit à long terme. C’est pourquoi, c’est lui qui se discrédite, et non son frère qui le fait.

Que faut-il en conclure ?
Esaü n’est-il vraiment qu’un pauvre type qui méprise bêtement son droit d’aînesse ?
C’est la suite qui nous apportera des éléments de réponse.
Dans la vie, il y a l’ordre « classique » des choses, la mécanique sociale ( droit d’aînesse, entre autres). Et puis, il y a des transgressions…Or, la Bible s’intéresse souvent à ces transgressions, car ce sont justement elles, avec leur lot d’imprévus, qui portent « le souffle de vie ». Elle deviennent donc très importantes.

Dans l’histoire d’Esaü et Jacob, on va découvrir peu à peu qu’en réalité, les deux frères, malgré leurs désaccords apparents, ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. On peut même dire qu’ils sont deux êtres en un. Dans la genèse, ils sont la première présence de jumeaux. Chacun représente quelque chose : non pas le Bien et le Mal, l’intelligence ou la bêtise, mais plutôt, la part du père ( Esaü) et la part de la mère ( Jacob). Plus tard, dans le Nouveau Testament, il y aura ainsi un autre « tandem » entre Jésus et Jean-Baptiste. Jean-Baptiste s’effacera devant Jésus, arrivé pourtant après lui.

Ici, Esaü vit une expérience de révélation . En effet, il a faim et cette faim le rend aveugle et sourd à toute autre préoccupation. Quand il regarde le potage préparé par son frère, il l’appelle « le roux ». Or, on sait qu’il a la chevelure rousse, et ce jeu de mots donne à penser qu’il ne peut voir dans le liquide que sa propre image. Ce n’est que lorsqu’il a calmé sa faim qu’il voit les lentilles et le pain. Il vit donc une expérience de révélation et c’est Jacob qui permet cette révélation. C’est lui qui tient les clés de cette expérience. Esaü se sentait mourir et Jacob lui a rendu la vie. On peut donc dire que, si Esaü tient à la vie, c’est Jacob qui accède à son désir de vivre. Il le ressuscite, en quelque sorte.

Enfin, par rapport à notre thème qui est celui du rôle des femmes dans la Bible, on constate qu’ici, Rebecca joue un rôle déterminant. Elle a transmis à Jacob, son fils préféré, certaines de ses qualités. Comme elle avait su entendre la soif des chameaux d’ Abraham, qui pourtant ne se disait pas, Jacob entend la faim de son frère. Elle fait de lui la gardienne du souffle de vie. Et, pour cela, elle ira jusqu’à l’avantager ouvertement au détriment d’Esaü, en bernant son mari, transgression, ô combien iconoclaste !

Genèse 27 : Jacob dérobe à Esaü la bénédiction paternelle :

Isaac est devenu vieux et quasiment aveugle. Pressentant une mort prochaine possible, il appelle Esaü, son fils aîné, pour lui donner sa bénédiction. On attribuait dans l’antiquité à la bénédiction paternelle une influence décisive sur le destin de qui en était l’objet. Isaac désire en gratifier Esaü, son fils aîné et préféré, afin de lui assurer prospérité et domination.
Mais Rebecca préfère Jacob ; elle décide de duper Isaac afin de détourner, au profit du cadet, la bénédiction promise à Esaü . Ainsi ne sera pas infirmé l’oracle( gn. 25, 23) selon lequel, son fils aîné servirait son cadet, ni annulé le privilège du droit d’aînesse acquis par Jacob( 25. 33).
Rebecca prend donc toutes les initiatives pour que Jacob « vole » la bénédiction d’Esaü. Elle pense qu’Isaac est le fils de la promesse. Elle sait que la promesse ne se transmet pas de façon automatique, comme un héritage du père à l’aîné. Elle doit se donner.
En décidant de duper Isaac pour accomplir ce dessein, elle entre dans la tradition des femmes bibliques qui « font ce qu’il faut » pour que « ce qui doit se passer se passe », au détriment de la morale classique s’il le faut.




Le plan de Rebecca :
Heureusement pour les projets de Rebecca, Isaac veut faire coïncider la cérémonie de la bénédiction avec un festin. Esaü étant un habile chasseur, un « homme des champs », Isaac le charge de lui ramener du gibier. La chasse donne à Rebecca le temps matériel de mettre son plan à exécution. Jacob doit lui ramener deux beaux chevreaux du troupeau. Elle en fera un plat délicieux, tel qu’Isaac les aime. Et c’est Jacob qui le lui présentera, en se faisant passer pour Esaü, afin de recevoir la bénédiction paternelle à la place de son frère…
Jacob s’inquiète devant cette supercherie, non parce qu’il va mystifier son père, mais parce qu’il craint de courir quelque risque : se moque-t-on impunément de son père, et finalement de Yahvé devant qui s’accomplira le rite de la bénédiction ? Et s’il était alors victime d’une malédiction ?
Mais Rebecca a tout prévu : repas, beaux vêtements, les réponses à faire et même les poils sur les mains de Jacob, pour lui donner l’apparence velue d’Esaü.


La bénédiction d’Isaac :
C’est avant tout, une parole. Mais celle-ci est d’importance. Celui qui est béni porte une parole. S’exprime ici l’idée que nous ne vivons pas seulement d’un désir de vivre, mais nous répondons à un appel. Quand on parle du Christ, on dit « et le Verbe s’est fait chair ». Il y a donc un lien entre la parole et la vie.
Dans la cas présent, on remarque qu’Isaac devenu aveugle, fait appel à tous ses autres sens, pour pallier son infirmité et mener à bien ( pense-t-il) cette cérémonie.
- L’ouïe : la voix qu’il entend le surprend car il reconnaît celle de Jacob.
- Le toucher : il palpe les bras velus de son fils, qui lui semblent le signe incontestable de la présence d’ Esaü
- Le goût : le festin de chevreaux le remplit d’aise. Il pense manger le produit de la chasse de ce fils dont il est si fier.
- L’odorat : les vêtements d’Isaac sentent l’odeur d’un champ, qu’il dit béni par Dieu. Esaü, le chasseur, était l’homme des champs.
Cette démarche témoigne de la complexité d’un être humain : plusieurs éléments le caractérisent.
Hélas pour Isaac ! ses sens ne lui suffisent plus. Et la parole mensongère de Jacob achève de le tromper.
Si la bénédiction est avant tout une parole, on est en droit de s’interroger sur la validité de celle-ci, puisque Jacob a menti en donnant une fausse parole ! Aujourd’hui, dans un tribunal, cet acte serait annulé pour mensonge et tromperie. Il serait déclaré nul et non avenu. Cependant, il n’en est rien pour Isaac ! La parole donnée est tellement sacrée pour lui qu’il ne peut s’en dédire.

La bénédiction d’Esaü :
L’épisode qui suit est pathétique. Esaü arrive, ignorant ce qui s’est tramé en son absence. Alors qu’il s’apprête à recevoir la bénédiction de son père, celui-ci comprend la supercherie. Sa douleur est immense. Le désespoir d’Esaü est tout aussi émouvant. Il supplie son père de « rattraper cette bévue », qu’il lui donne une autre bénédiction ! Après réflexion, Isaac va le faire. Mais, la bénédiction faite à Esaü remplace-t-elle, avec justice, celle qu’il aurait dû avoir ?
Alors que Jacob s’est entendu présager puissance, prospérité et abondance ( puissance= respect), Esaü devra vivre de son glaive, servir son frère et vagabonder. Beau projet en perspective ! Sa seule consolation est que, peu à peu, il se libèrera du joug de son frère cadet.
Ainsi, Rebecca semble avoir gagné. Et pourtant ! Cette mise en scène se retourne quelque peu contre Jacob. En effet, Esaü a conçu une telle haine pour son frère qu’il se jure de le tuer un jour, après le décès de leur père. Pour échapper à cette vengeance, Jacob doit s’exiler pendant quatre ans chez Laban, où il devra travailler dur. Il ne tirera donc pas profit tout de suite de son droit d’aînesse et de sa bénédiction usurpés.




Les pistes de lecture données par la Bible Osty :
Concernant la bénédiction de Jacob :

Ce récit fameux, aux très vives couleurs, se complaît à narrer, une nouvelle fois, l’habileté de l’ancêtre Jacob, au détriment d’Esaü. Car elle explique la supériorité d’ Israël, détenteur des bénédictions et des promesses, sur le peuple d’Edom, rejeté. Ruse, astuce, mensonge de Jacob et de Rebecca ne reçoivent ni jugement, ni condamnation morale, bien que l’on sente pourtant ce qu’une telle conduite a de répréhensible.
C’est l’Histoire qui se déroule et s’accomplit, tissée aussi bien avec les fautes des hommes qu’avec leurs bonnes actions, mais dominée par les desseins de Dieu : « l’aîné servira le cadet » ( 25, 23) parole qui fut dite « alors qu’ils n’étaient pas encore nés, qu’ils n’avaient fait ni bien ni mal, pour que demeure le dessein de Dieu, dessein de libre choix, qui ne dépend pas des oeuvres mais de Celui qui appelle ». ( Ro. 9- 11, 13)

Concernant la bénédiction d’Esaü :

Il devra « vivre du glaive ». Cette expression évoque les razzias, les pillages, et attaques de caravanes. La servitude ne sera que temporaire : les Edomites se libèreront du joug du royaume de Juda au Ixème siècle « à force de vagabonder ». Au bout du compte, les deux branches de ce peuple devraient pouvoir trouver leur propre voie.