mercredi 17 décembre 2008

L'onction de Béthanie ( Marc 14)

L’Onction de Béthanie ( Marc 14)


L’histoire d’une femme qui verse un parfum de grand prix sur le corps du Christ, figure dans les quatre Evangiles. Ici, l’évangéliste Marc ( 14) ne dit pas le nom de cette femme et la scène se passe à Béthanie, chez Simon le lépreux. Dans Jean, la femme s’appelle Marie et la scène se passe chez Lazare après sa résurrection. Elle y verse le parfum sur les pieds du Christ qu’elle essuie de ses longs cheveux. Ici, c’est sur la tête du Christ qu’elle verse le parfum après avoir brisé son contenant, le vase. Cette femme apporte ce qu’elle a de plus beau et de plus précieux à l’homme qu ‘elle aime. Elle dépense sans compter, dans un contexte, soit de mort ( chez Lazare), soit d’impureté( chez Simon le lépreux). Dans Jean, la femme avait apporté le parfum pour le défunt : Lazare, afin de lui rendre les hommages traditionnels au moment de la sépulture. Mais, Lazare étant ressuscité , son nard était devenu inutile. C’est pourquoi, elle le répandait sur les pieds du Christ. Ici, dans Marc, le Christ sentant que sa fin est proche, considère que par ce geste : elle a parfumé d’avance son corps pour la sépulture. Dans un cas comme dans l’autre, le parfum de grand prix conjure la laideur celle de la mort ou de la maladie.

Devant tant d’inconséquence et de folie, car le parfum coûte très cher, les hommes présents s’indignent.
Deux logiques s’affrontent :
La logique matérialiste des hommes scandalisés par cet argent gaspillé inutilement. « on aurait pu donner cet argent aux pauvres… »
La logique irrationnelle de la femme qui crée un geste gratuit, inoubliable, avant la passion du Christ.
Dans les deux cas, chacun a conscience que le parfum représente une valeur, mais leurs valeurs ne sont pas les mêmes.

Cette femme a fait œuvre de création. « C’est une belle œuvre qu’elle a faite en moi », dit le Christ. « Ce qu’elle pouvait, elle l’a fait », trouve-t-on dans une autre traduction. En effet, par ce geste extraordinaire, l’Evangile ne sera plus seulement « parlotte ». Grâce au parfum libéré par le vase, la mémoire de cette femme, contribuera aux messages transmis dans les Evangiles. « Partout où sera proclamé l’Evangile, au monde entier, ce qu’elle a fait sera aussi raconté en mémoire d’elle », dit Jésus. Sans doute, seule une femme pouvait faire un geste aussi extrême , aussi fou, sans calcul matérialiste, geste d’absolu.

Apparemment, l’argent ainsi dépensé, ne sert à rien. Mais ce n’est qu’une apparence car on peut voir dans le couple « vase rompu + parfum versé » une métaphore du couple « corps du Christ martyrisé + sang de Jésus versé ». Le parfum versé par cette femme restera à jamais dans notre souvenir . Par son geste, cette femme est à l’origine de quelque chose…. Il est le symbole d’un Amour absolu, gratuit, sans calcul, sans arrière-pensées.

samedi 29 novembre 2008

Marie de Magdala(Jean 20)

MARIE DE MAGDALA ( Jean 20) :


La gloire de Jésus manifestée aux disciples après la Résurrection ( Jean 20, 1-31)

Dans notre sujet sur les femmes dans la Bible, nous abordons à nouveau ici le rôle particulier d’une femme : Marie, la Magdaléenne, dans la reconnaissance du Christ après sa
Résurrection. Cet épisode nous amène, d’entrée, à faire le parallèle entre trois figures féminines :
Marie, mère de Jésus, à qui l’ange Gabriel fait l’ Annonciation ( le Messie va venir)
Marie-Madeleine, qui annonce le Messie aux Samaritains ( le Messie est là)
Marie de Magdala, qui annonce la Résurrection du Christ aux disciples ( le Messie est revenu)
Ces trois femmes jouent un rôle capital dans le lien entre le Christ et les hommes.

I ) S’agit-il d’une nouvelle Genèse ?

Rappelons les faits :

Après la mort du Christ, le vendredi saint, celui-ci a été mis au tombeau par Nicodème et Joseph d’Arimathie, avant que les Juifs célèbrent le Sabbat. Ceux-ci tenaient particulièrement à ce que le paysage soit « nettoyé» de ces cadavres encombrants avant le Sabbat, le jour le plus important de la semaine, selon leurs coutumes
Nicodème et Joseph ont pris soin de lier le corps du Christ de bandelettes avec des aromates : mélange de myrrhe et d’aloès. C’est là que, trois jours après sa mort, Marie la Magdaléenne se rend au tombeau pour y voir le Christ. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que la pierre a été enlevée du tombeau ! L’ aventure commence !

Jean nous précise que cette histoire se déroule le premier jour de la semaine : notre dimanche.
Le fait qu’ici, les événements aient lieu le premier jour de la semaine, nous pose question : Est-ce la Genèse qui recommence avec une nouvelle conception de l’existence après la Mort du Christ ?

Ce rapprochement s’accentue encore du fait que la scène se passe le matin, alors qu’il fait encore sombre , de même que, tout au début de la Genèse, le monde est dans les ténèbres ! De plus, à la fin de cet épisode, le Christ dit à Marie « cesse de me toucher » . On peut y voir une allusion au jardin d’Eden où Eve avait touché à l’arbre de la Connaissance.

II) Regarder et voir :

Lorsque Dieu crée le monde, la Bible nous fait assister à un spectacle inouï !
Ici, le spectacle l’est tout autant, et cet épisode est rempli des verbes grecs qui veulent dire
« voir » :
- Blepo = apercevoir . Marie aperçoit la pierre enlevée.
- Theoreo = contempler, scruter, observer. Le disciple voit les bandelettes posées là
- Orao = voir, au sens de croire . Le disciple vit et il crut .( cf eureka. J’ai compris )
Ici, chacun voit à son niveau quelque chose de différent

Dès qu’elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau, la femme comprend tout de suite que le Christ a été enlevé. Le disciple, se penchant ( c’est le même qui posait sa tête sur l’épaule du Christ lors de la Cène) aperçoit les bandelettes. Simon Pierre voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire roulé plus loin . Ensuite, Marie verra autre chose : les anges, puis le jardinier . Ainsi, chacun voit quelque chose, par étapes .
Au verset 8, l’autre disciple vit et il crut . Ce que Pierre n’ a pas pu articuler, l’autre disciple le fait à sa place .
Et que voient-ils donc ?

Le premier disciple arrivé aperçoit les bandelettes posées là, signe que le corps a été délié.
Puis, Simon Pierre arrive . Il voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire qui était sur sa tête, non pas posé avec les bandelettes, mais roulé à part, dans un autre endroit. Pierre voit la même chose que son compagnon, mais avec un élément de plus : le suaire qui était sur la tête de Jésus, suaire lui aussi porteur d’un signe .
Le suaire roulé s’apparente aux Ecritures roulées sur du parchemin .On nous précise bien que le suaire est à part, dans un autre endroit. Les éléments qui enveloppaient le corps et la tête sont séparés. La tête est comme préservée, à la manière des Ecritures. Le suaire nous révèle la préservation de quelque chose qui pourrait bien être l’image de l’Eglise, chargée de préserver le message du Christ. Or, notons que c’est Pierre ( futur représentant de l’Eglise) qui le voit.

Pourtant, cette vision est encore incomplète puisqu’aux versets 9 et 10, Jean nous dit que les disciples retournent chez eux malgré ce qu’ils ont vu car ils n’ont pas encore compris l’Ecriture selon laquelle le Christ devait ressusciter d’entre les morts .Contradiction apparente entre les versets 8,9 et 10 . L’Ecriture est pourtant présente dans le Suaire, mais elle est encore hermétique pour eux. Jésus devait ressusciter d’entre les morts, et ça y est ! Il est ressuscité ! Mais qui va leur ouvrir les yeux ? Eh bien, c’est la Femme, Marie, qui pourra leur apporter la Révélation Une fois de plus, le rôle féminin est essentiel ici.

Et Marie, que voit-elle ?

Elle est la première à apercevoir la pierre enlevée du tombeau et donne l’alarme aux compagnons du Christ. Mais, après leur départ, elle se retrouve à nouveau seule près du tombeau, et elle pleure… expression bien féminine ! Nous avons vu dans Saint-Paul que les Femmes sont du côté de l’Incarnation. Marie, par ses larmes, laisse son corps exprimer sa souffrance.
C’est alors qu’elle voit deux anges en blanc, assis où avait été placé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.
Pour ceux qui connaissent la Bible, on retrouve là une allusion au Saint des Saints dans le temple de Jérusalem, où deux anges séparés par un espace vide, figuraient le présence de Dieu, la Shekinak.
Si Pierre a vu une manifestation de l’Ecriture, Marie, elle, voit une figure de l’ Ancien Testament et ceci bien qu’elle ait les yeux brouillés de larmes. Elle cherchait un corps et elle trouve la présence invisible.
Puis, elle exécute un retournement spectaculaire, puisqu’elle se retourne deux fois, elle voit Jésus qui se tenait là ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Et, enfin, elle l’entend l’appeler Marie. Elle pourra dire aux disciples « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit » et, pourtant, cette fois, ce n’est pas la vue mais l’ouïe qui lui fait reconnaître le Christ ressuscité. C’est parce que Jésus l’a appelée par son nom qu’elle l’a reconnu.

D’où notre dernier point de réflexion, à propos des noms, des appellations données aux différents protagonistes.

III) Importance des appellations :

Tout au long de la narration les personnages changent d’appellation . Ils sont tout d’abord trois : Marie la Magdaléenne, Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait.

Que veut dire cette périphrase celui que Jésus aimait ? Désigne-t-elle Jean qu’on appelle souvent le disciple bien aimé ? C’est peu probable puisque ici le narrateur est Jean lui-même !
Ce disciple est plutôt l’image du disciple chrétien auquel chacun peut s’identifier, dans lequel chacun peut se reconnaître. Quand Pierre et lui courent vers le tombeau, l’autre disciple court plus vite . Mais, quoique arrivé le premier, il n’entre pas . Ce n’est qu’après la découverte de Simon Pierre qu’il entre à son tour, qu’ il voit et il croit . On peut faire un parallèle avec Jean-Baptiste et le Christ. Jean-Baptiste dit que celui qui vient après lui chronologiquement, c’est-à-dire, le Christ, est, en fait avant lui. C’est pourquoi, on peut dire que dans celui qu’on désigne par cet autre disciple, il reste une part de mystère.

Marie la Magdaléenne devient ensuite Marie, tout simplement. Or, l’Ancien et le Nouveau Testament sont pleins de femmes à s’appeler Marie. En chaque femme, il y a une Marie. Son appellation contient deux informations : La Magdaléenne nous indique d’où elle vient ( de Magdala). Marie , c’est la femme qu’elle est devenue, c’est « la Femme ».

Simon Pierre devient simplement Pierre, Simon étant son nom de naissance, Pierre, le nom que lui donne le Christ. Là encore, ces deux appellations contiennent deux informations : Simon, c’est là d’où il vient , le nom que lui ont donné ses parents, Pierre, c’est là où il va. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église ».

Lorsque les anges s’adressent à Marie, ils l’appellent femme , ainsi que le Christ, lorsqu’il lui parle pour la première fois. Cette appellation conviendrait à toute femme, quelle qu’elle soit. Ce n’est que lorsque Jésus l’appelle Marie qu’elle le reconnaît, parce qu’elle se sent reconnue ! Elle croit que cet homme qu’elle prend pour le jardinier va lui indiquer un lieu. Or, c’est son nom qu ‘elle entend, comme si elle était elle- même le lieu qu’elle cherche.
Cela nous indique que chaque être humain est le temple de Dieu .

Marie, de son côté, ayant reconnu le Christ, l’appelle Rabbouni, c’est-à-dire maître( plus déférent et plus solennel que rabbi ) et souvent usité quand on s’adressait à Dieu. Cette appellation prouve qu’elle a eu La Révélation. C’est alors, quand Marie aura cesser de toucher Jésus, débordante de tendresse, qu’elle pourra témoigner de la fantastique nouvelle : le Christ est ressuscité ».

Message final :

L’épisode se termine par les paroles prophétiques et signifiantes prononcées par Jésus.
« Je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va-t-en vers mes frères et dis leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».
En appelant tous les hommes mes frères, il définit ainsi la fraternité universelle, élevant les hommes au même rang que lui.
Enfin, c’est la Femme qui a pour mission d’annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection. Son rôle est de taille ! Elle peut déclarer à ses frères : « J’ai vu le seigneur et voici ce qu’il m’a dit. »

mardi 7 octobre 2008

Paul: tenue des femmes .Cor.11

Saint-Paul : Epître aux Corinthiens 11


LA TENUE DES FEMMES DANS LES ASSEMBLEES RELIGIEUSES :


Les Corinthiennes avaient pour coutume de porter un voile dans les lieux publics. Saint-Paul constate qu’elles prennent l’habitude de l’ôter dans les assemblées chrétiennes, sous prétexte sans doute de « liberté évangélique ». Visiblement agacé par cette initiative, il s’adresse aux Corinthiens, dans cette épître 11, en des termes qui lui ont souvent valu la réputation explosive de détestable « macho ». Nous allons tenter de découvrir le message de ce texte. Cette tâche est difficile, car l’épître s’inscrit dans le contexte social et culturel d’une époque, et, en même temps, Saint-Paul était lui-même en contradiction fréquente avec son temps.

Voyons tout d’abord les paroles qui ont valu à Saint-Paul la réputation de machiste :

« Le chef de tout homme, c’est le Christ, le chef de la femme, c’est l’homme…
Toute femme qui prie ou prophétise, le chef non voilé, fait honte à son chef ; c’est exactement comme si c’était une femme rasée. Si donc une femme ne se voile pas, qu’elle se tonde aussi. Mais s’il est honteux pour une femme d’être tondue ou rasée, qu’elle se voile !
L’homme, lui, ne doit pas se couvrir le chef, parce qu’il est l’image et la gloire de Dieu ; quant à la femme, elle est la gloire de l’homme. L’homme, en effet, ne vient pas de la femme, mais la femme de l’homme. Et ce n’est pas l’homme qui a été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir un signe de sujétion, sur le chef, à cause des anges… »

La prière ou « prophétisation » des hommes et des femmes :

En lisant Paul, on constate que la prière diffère selon que l’on est homme ou femme. Les uns doivent être tête nue, les autres pas. Paul recommande de « retenir ses traditions » non pas pour les reproduire bêtement, mais pour en garder l’esprit en les ayant bien comprises. Dans toutes les civilisations, on distingue nettement les hommes et les femmes par le costume, la coiffure, le maquillage, etc. Du temps de Paul, les femmes se voilaient dans les assemblées. Cette pratique lui semble primordiale, puisqu’il emploie les termes de gloire et de honte. Il est honteux pour une femme de ne pas se voiler. Tandis que l’homme, tête nue, est la gloire de Dieu.
Y a-t-il là une mesure humiliante et discriminatoire à l’égard des femmes, ou s’agit-il d’autre chose , puisque, paradoxalement, il nous dit dans le même temps que la femme est la gloire de l’homme ?
Comment expliquer cette apparente contradiction ?

Le voile :
Nous avons déjà vu, dans l’Ancien Testament, Rebecca qui mettait son voile avant de parler à Isaac, qui allait devenir son mari. Pourtant, elle était sans voile au milieu des autres hommes. Mettre le voile devant son futur époux était donc bien un geste symbolique. Nous avions déjà étudié ce symbole dans Genèse 23, 24. Pour vous le remettre en mémoire, voici retranscrit le passage que j’avais intitulé « Rebecca se voile devant Isaac » :
«Ce geste est une tradition : la fiancée ne se dévoile que dans la chambre nuptiale. Se voiler, pour une femme, est un geste de délicatesse pour ne pas agresser l’autre. Isaac ne se sent pas encore prêt à être son « maître ». Mais, le voile a aussi une signification théologique. En voyant Rebecca voilée, le voile lui rappelle que Rebecca est celle que Yahvé a réservée pour lui. Le voile a deux rôles : signaler et protéger. Derrière le voile, il y a ce qui est le plus précieux. Le voile signale un mystère et, en même temps, garde le mystère. Il a donc un rôle paradoxal : il protège un bien précieux qu’il révèle et cache en même temps.
On pense à l’artiste de 20 ème siècle Cristo qui, avec Jeanne Claude, emballa le Pont-Neuf ( le plus vieux pont de Paris) le 23 septembre 1985, dans de grands voiles blancs, comme on le ferait pour un présent, le but étant de faire découvrir aux citadins, la beauté cachée d’un monument que beaucoup côtoient pourtant tous les jours. »

Dans cette épître aux Corinthiens, il ne s’agit pas de mariage, comme pour Rebecca, mais de prière. Les hommes et les femmes font la même prière, alors où est la différence ? Pourquoi Paul veut-il que les femmes restent voilées, alors que les hommes ont le chef découvert ? Dans certaines religions, ce sont les hommes qui se couvrent la tête, notamment chez les Juifs, qui portent la kippa. Dans l’église catholique actuelle, les évêques ont gardé cette tradition d’être tantôt couverts, tantôt découverts, au cours d’un même office. Couvert, l’évêque représente l’Eglise. Découvert, il redevient un homme comme les autres, fidèle parmi ses semblables.

Et dans cette assemblée corinthienne, pourquoi, semble-t-il si vital à Paul que l’on ne confonde pas hommes et femmes ? Qu’est-ce qu’ une femme doit voiler ? Pourquoi devrait-elle avoir honte de se conduire comme un homme ?
C’est qu’elle protège quelque chose qui est de l’ordre de la Vie. Mettre un voile devant une source de vie, nous dit : » il y a là quelque chose qui est inaccessible, qu’on n’a pas à manipuler sans vergogne » de même qu’on voile une statue avant de l’inaugurer, ce qui indique que, sous le voile, se trouve un objet précieux que l’on se doit de respecter.
L’homme extériorise, la femme intériorise.
L’homme montre, la femme fait percevoir ce qu’on ne peut pas voir.
De même que dans le langage parlé, il y a le dit et le non-dit. Dans les assemblées de prière, il a les éléments masculins et féminins, chacun avec son rôle . Les hommes incarnent ce qui est visible. Les femmes avec leur voile, incarnent l’invisible. Leur rôle devient donc complémentaire. Si la réalité était « épuisée » uniquement par ce qui est visible, on enlèverait la place aux femmes. Or celle-ci est primordiale dans sa retenue. Une trop grande visibilité devient aveuglante. C’est ce qu’expérimentent les Hébreux lorsque Moïse descend du Sinaï avec les tables de la loi. Ils disent à Moïse : « Voile-toi, tu nous aveugles ».
Vu sous cet angle, le voile féminin, loin d’être une marque de soumission, indique par son mystère, le grand respect accordé aux femmes et au rôle qui est le leur. Dans une prière , il faut du couvert et du voilé, du visible et de l’invisible, et donc du masculin et du féminin.

Les problèmes de traduction :

L’interprétation du message contenu dans cette lettre n’est déjà pas chose aisée, compte-tenu du décalage de contexte historique, mais la difficulté en augmente encore quand on examine de près les subtilités de sa traduction.
Voici sélectionnés quelques-uns des mots dont le sens comporte des ambiguïtés :
- Chef , tête et visibilité
- Les anges
- Sujet, sujétion

Tête et chef :
Il y a une proximité entre ces deux mots ( caput en latin). En français, on dit indifféremment être à le tête de ou être le chef de . Observons la traduction Osty de cette épître de Paul :
« Le chef de tout homme, c’est le Christ ; le chef de la femme, c’est l’homme ; et le chef du Christ, c’est Dieu. Tout homme qui prie ou prophétise, le chef couvert, fait honte à son chef. Toute femme qui prie ou prophétise, le chef non voilé, fait honte à son chef » etc.
On constate dans ces phrases, que le mot chef prend tour à tour le sens de maître, celui qui est au-dessus dans la hiérarchie, puis le sens de ce qui couvre la tête.

Intervient ici la notion de visibilité, dont nous avons déjà parlé. Nous avons vu ci-dessus que dans le langage parlé, il y a du dit et du non-dit, du visible et de l’invisible.
Pour Paul « le chef du Christ, c’est Dieu ». « Mon corps n’est vivant que par sa tête », dit Jésus. Le Christ ne vit que par son père, son chef. Mais, celui qui s’est incarné, c’est lui, le Fils. L’élément visible, c’est donc lui, le Fils. Par son incarnation, il permet d’avoir un accès à Dieu, le père.
De même, Paul dit « le chef de la femme, c’est l’homme ». On peut s’indigner devant cette phrase, si on donne au mot chef le sens de maître . Mais, si l’on garde cette idée de visibilité et d’invisibilité, on aboutit à une autre lecture.
La visibilité de la femme, c’est l’homme. Elle, elle se voile pour garder son mystère. Et c’est justement cela qui lui vaut le respect. Quant à l’homme, il contribue à ce qui fait son goût de la Vie. C’est pour et par lui qu’elle peut donner la vie. Lorsqu’elle enfante, elle rend visible ce que tous deux ont expérimenté sans le voir. Ils sont complémentaires, l’un dans le visible, l’autre dans le voilé.

« Aussi bien dans le Seigneur, ni la femme ne va sans l’homme, ni l’homme sans la femme ; car de même que la femme vient de l’homme, l’homme vient par la femme, et le tout vient de Dieu ».
Lorsque Paul dit cela, il n’établit pas de hiérarchie entre les deux sexes. Il insiste sur leur interdépendance et n’est donc pas aussi macho qu’on a pu le dire. Il introduit une notion nouvelle , différente de celle des mystérieux « anges » dont nous parlerons plus bas.

Les anges :
« Ce n’est pas l’homme qui a été créé à cause de la femme, mais la femme à cause de l’homme. Voilà pourquoi la femme doit avoir un signe de sujétion sur la tête à cause des anges ».
Quand Saint-Paul dit que la femme a été créée à cause de l’homme, il fait sans doute allusion à la Genèse, 2. Mais, que diable viennent faire les anges dans son propos ?
Osty nous dit que les « anges » étaient les gardiens du bon ordre dans les assemblées. Les écrits de Qoumrân nous montrent des anges présents dans les assemblées. Auquel cas, Paul fait le distinguo entre la hiérarchie selon les anges
( v.11) et selon le seigneur ( v.12). Selon les anges, gardiens de la paix, les femmes semblent soumises aux hommes. Alors que dans le seigneur, ils sont interdépendants et les deux viennent de Dieu, leur seul supérieur hiérarchique, idée pour le coup , révolutionnaire à l’époque.

Traditionnellement, que représente l’ange ?
Il est un être qui n’a pas de corps. Or, dans le christianisme, le corps a une importance primordiale, puisque le Christ est le Dieu fait chair . En distribuant la communion, le prêtre ne nous dit-il pas : » Le corps du Christ » ? Sans l’Incarnation, Dieu aurait-il un intérêt pour les êtres humains ? Pas dans le christianisme, en tout cas.
Dans les assemblées de prières où les femmes portent un voile, celui-ci est une délimitation de leur corps. Il serait donc un rappel de leur incarnation face aux hommes qui pourraient être tentés de se croire de purs esprits. Dans les communautés chrétiennes, les femmes sont donc à l’opposé des anges sans corps. Et leur présence rappelle l’importance du corps dans la communauté. Elles sont donc du côté de l’incarnation.

Sujet et Sujétion :
« La femme doit avoir un signe de sujétion sur la tête à cause des anges ». ( v.10)
Le mot sujétion comporte bien des ambiguïtés. En effet, il vient d’un mot grec qui n’a pas le sens de soumission donné à l’époque actuelle, mais au contraire, celui d’ autorité, pouvoir, droit.
De plus, même en français moderne, le mot sujet a plusieurs sens.
Etre le sujet de quelqu’un signifie qu’on lui est assujetti et donc qu’il nous domine.
Mais on oppose aussi souvent le mot sujet à celui d’objet, avec une tout autre acception. Etre le sujet de sa vie, c’est agir en toute connaissance, être maître de ses décisions. Alors qu’être l’objet de convoitises ou autres, c’est subir quelque chose de désagréable, indépendamment de notre volonté.
Dans certains cas, le mot sujet a donc une valeur négative( soumission), et dans d’autres, une valeur positive( sujet libre et actif).
Si Saint-Paul utilise le mot sujétion au sens grec de son époque, le voile que les femmes portent sur la tête n’est pas un signe d’assujettissement, mais, au contraire, d’autorité.

Conclusion :

Quand Saint-Paul nous dit : « Convient-il qu’une femme prie Dieu sans voile ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour un homme de porter les cheveux longs, tandis que c’est une gloire pour la femme de les porter ainsi ?Car la chevelure lui a été donnée en guise de vêtement »
on ne peut pas lire cette épître de Saint-Paul en la calquant sur les critères qui sont les nôtres aujourd’hui. Il faut la replacer dans son contexte. Une lecture attentive nous a permis de voir qu’elle n’est pas aussi machiste que notre féminisme contemporain pourrait le laisser croire. Selon lui, le port du voile pour les femmes est une marque du respect qu’on leur doit. Enfin, l’égalité dans laquelle il place hommes et femmes devant Dieu, révolutionnaire pour l’époque, témoigne de l’importance qu’il leur accorde.

La Samaritaine ( Jean 4)

LA SAMARITAINE ( Jean 4)

Le récit de La Samaritaine, chez Jean, suscite un certain nombre de questions que nous nous efforcerons d’évoquer, soit dans l’ordre où elles apparaissent, au fur et à mesure de la narration, soit en relation avec la Genèse, 29, ou la passion du Christ. .

Jésus part en Galilée :

Jésus part en Galilée, quand il apprend que les pharisiens disent de lui qu’il fait plus de disciples que Jean et qu’il baptise plus que lui :

Au chapitre 3 v.22 , on apprend que Jésus baptise.
Au chapitre 4 v.1, on apprend que ce sont ses disciples qui baptisent.
Pourquoi Jésus part-il en Galilée ? A –t-il peur de quelque chose ? Part-il pour éviter la comparaison avec Jean, que les Pharisiens ne manquent pas de faire en le considérant comme une sorte de « superJean » ?
En fait, il n’y a pas de rivalité entre eux. Mais, le baptême n’a pas le même sens pour les deux personnages. Les disciples du Christ baptisent en son nom.

Il lui fallait traverser la Samarie :

Jean dit que Jésus devait traverser la Samarie, lieu où les Juifs ne passaient jamais, car ils considéraient les Samaritains comme impurs. La Samarie n’a été convertie qu’après la mort du Christ et sa résurrection. Habituellement, les Juifs n’y allaient jamais.
Cette phrase « il lui fallait traverser la Samarie », n’est donc absolument pas historique, mais symbolique.
Le récit est, en effet, ici, profondément théologique. Jésus devait traverser la Samarie, car l’ Evangile doit être confronté à toutes les cultures.
La Samarie, c’est ce que Jacob a transmis à Joseph. Or Joseph n’est pas le descendant direct de Jacob. Jacob n’a pas béni directement Joseph, mais les enfants de Joseph.
D’où la question : « qu’est-ce que Jacob a transmis à Joseph que l’on va retrouver ici ? »

Es-tu plus grand que notre père Jacob, qui nous a donné ce puits, et qui en a bu lui-même, ainsi que ses fils et ses troupeaux ? demande la Samaritaine

Jésus et la Samaritaine se rencontrent auprès d’une source. Nous retrouvons ici une figure déjà présente à plusieurs reprises dans l’Ancien Testament où les puits et les sources sont des lieux de rencontres, de reconnaissance, des lieux messianiques.
Dans la Genèse, 29, Jacob arrive chez Laban après avoir rencontré Rachel au puits. Il a gagné ses faveurs en faisant boire le petit bétail de Laban, même si ce n’est pas l’heure, et en roulant la pierre, dans un geste protecteur à l’égard de Rachel. Jacob embrasse Rachel et pleure d’émotion, son baiser et cette rencontre sont « source » de larmes. C’est ensuite que Laban reconnaît Jacob avec ces mots : « Tu es mes os et ma chair » ( allusion à Adam et Eve). La scène du puits était donc le prélude à une reconnaissance. Lorsque la Samaritaine parle du puits de Jacob, c’est à ce puits qu’elle fait référence.

Les allusions métaphoriques :

Que représentait la pierre, qui bouchait l’entrée du puits ?

Cette pierre ne pouvait être enlevée que lorsque tous les troupeaux étaient rassemblés. Alors, seulement, ils avaient accès à la source. Ce rassemblement est une allusion à l’Eglise ( ecclesia= église= rassemblement) . Or, il se passe avec Jacob et Rachel quelque chose qui ne se passe habituellement que lorsque tous sont rassemblés. Puisque, Jacob, rencontrant Rachel, a le pouvoir de faire ce qu’habituellement le groupe rassemblé peut faire. Dans l’épisode précédent ( Gn 28. 10), l’échelle de Jacob était la rencontre du ciel et de la terre. Ici, un homme seul peut faire ce qui se passe quand tout Israël est rassemblé : rencontre du ciel et de la terre.

Si Jacob devait rouler la pierre pour ouvrir l’accès au puits, dans La Samaritaine, Jésus est assis sur la source elle-même, à même la source, car il est la Source lui-même.

Dans les deux textes, le puits est le lieu de rencontre entre un homme et une femme.
Mais, pour Jacob et Rachel, il prépare des fiançailles. Entre Jésus et la Samaritaine, y aurait-il des fiançailles métaphoriques ? La Samaritaine n’a pas de nom. Elle représente la Samarie, ainsi que les femmes dans leur ensemble. Y aurait-il dans la Samaritaine, une préparation de la naissance de l’Eglise ?


Que dire de l’heure où se déroulent les faits ?
Dans l’Ancien Testament, l’heure habituelle pour abreuver le bétail (épisode « liturgique ») était le soir . Jacob prend l’initiative de le faire en plein jour. De même, dans La Samaritaine, Jésus rencontre la femme à la sixième heure, c’est-à-dire le midi, et donc en pleine clarté. C’est alors que l’on peut montrer quelque chose. Mais, la sixième heure, c’est aussi celle qui débute le calvaire du Christ.
C’est pourquoi, si l’on peut faire un parallèle entre les deux textes de l’Ancien et du Nouveau Testament, quoique Jacob ne soit pas Jésus, on peut aussi faire un rapprochement entre la Samaritaine ( Jean 4) et la future passion du Christ.

Jésus est fatigué du voyage.
Lors de sa passion, Jésus connaîtra ce même épuisement d’avoir tout donné.

Il demande à boire à la samaritaine. Sur la croix, il dira aussi « J’ai soif ».

Les apôtres sont allés lui chercher à manger. Ils sont soucieux de sa nourriture. Avoir à manger ou à boire paraît donc essentiel pour Jésus.

Mais, Jésus déjoue tous les clichés :
aux disciples qui reviennent lui apporter de la nourriture, il la refuse. A la samaritaine à qui il a demandé à boire, il parle d’une tout autre eau de source.

En effet, Jésus entreprend une autre recherche : elle n’est pas matérielle mais spirituelle. Nous autres, êtres humains nous avons des manques. Nous cherchons comment les combler. Et, pour répondre à la question suivante : « comment entrer dans une démarche
spirituelle ? », l’évangéliste Jean utilise la pédagogie du malentendu.

La pédagogie du Malentendu :

De même qu’en refusant la nourriture apportée par les apôtres, il signifie qu’il privilégie la nourriture spirituelle à la nourriture terrestre, de même, avec la Samaritaine, il engage un dialogue ambigu à propos de la soif et de l’eau de source.
Par cette demande : « donne-moi à boire », la Samaritaine comprend bien sûr, que Jésus a soif , comme c’est le quotidien dans un pays aux fortes chaleurs.
Mais, la seconde phrase de Jésus indique tout de suite que sa conversation est mystérieuse. « Si tu connaissais le don de Dieu et qui est celui qui te demande donne-moi à boire, tu lui aurais toi-même demandé à boire, et il t’aurait donné de l’eau vive ». Pourquoi la femme aurait-elle demandé à boire, puisque c’est Jésus qui est censé avoir soif et être dans la situation du demandeur ?La Samaritaine n’entend rien à tout cela et reste très matérialiste et pratique : « tu n’as rien pour puiser, et le puits est profond. D’où aurais-tu donc cette eau vive ?». On sent que le malentendu s’installe entre eux, car ils ne parlent pas de la même eau.

Lorsque Jésus parle de l’eau vive, il s’agit de l’eau source de vie, celle qui jaillit .
Mais, lorsque la Samaritaine évoque la source de Jacob, son ancêtre, celle dans laquelle il s’est désaltéré, Jésus, lui, en fait, n’ a pas besoin de boire de l’eau de cette source, car il est lui-même la Source. L’eau matérielle ne passe la soif que temporairement. Jésus entre dans une notion d’éternité. Il veut faire de chaque être humain une Source.


Que peut comprendre cette femme ? Jésus semble vouloir lui apporter quelque chose, mais quoi ? Fin psychologue, il l’interpelle sur un sujet qui l’implique personnellement : son mari et même ses cinq maris. Et cette fois, c’est nous, lecteurs, qui pouvons le connaître, ce malentendu. Comment interpréter ces cinq maris ? Cette femme est-elle une croqueuse d’hommes, perpétuellement insatisfaite, qui aurait collectionné les aventures ?
Il semble que l’explication soit tout autre. Dans l’Ancien Testament, les Samaritains ont été cinq fois idolâtres. Les cinq maris de la Samaritaine représenteraient ces cinq idolâtries. L’idolâtrie naît d’un problème de relation à l’autre, celui qu’on idolâtre. Jésus ne tient pas à être considéré par la Samaritaine comme un sixième mari possible, si elle tombait dans une sorte de « Jésuslâtrie ».

Ce que Jésus veut, c’est l’amener à croire. La Source, c’est la Foi. Encore faut-il que nous acceptions qu’elle coule. Croire, c’est laisser tomber tout ce qui empêche cette Source de couler. Quand Jésus dit à la Samaritaine Si tu connaissais le don de Dieu, il veut dire par là Si tu acceptais le don de Dieu. Les verbes savoir et connaître ne sont pas exactement synonymes. Savoir a un aspect notionnel, Connaître un aspect expérimental.
Savoir, c’est maîtriser, saisir, mettre la main sur…
Connaître, c’est naître avec, recevoir.
Donc, connaître devient le contraire de savoir.
A la fin de sa conversation avec Jésus, la Samaritaine part en abandonnant sa cruche. Elle n’en aura plus besoin puisque, par l’œuvre de Dieu, ayant connu la Foi, elle devient Source elle-même. Elle court dire à ses semblables : venez voir un être humain qui m’a dit tout ce que j’ai œuvré ; peut-être serait-ce le Christ ? Œuvrer n’a pas le sens de faire, fabriquer, mais mener à bien ce que l’on sait faire. Elle a compris qu’elle peut devenir une Source. C’est comme si le Christ lui avait dit « Va ! Ta foi t’ a sauvée ». Et, de fait, elle va convaincre les autres Samaritains, qui, à leur tour, vont entrer dans une démarche de Foi.
L’épisode de la Samaritaine est donc une démarche vers la Foi, un pont entre l’Ancien et le Nouveau Testament.

Rebecca, Esau, Jacob ( Gn.25)

REBECCA, ESAU, JACOB ( Gn. 25…)

Histoire d’Isaac et de ses fils Esaü et Jacob ( 25, 19)

Tout le monde connaît, ou a entendu parler de l’histoire d’Esaü qui vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles.
Nous allons essayer de nous remémorer cette histoire, racontée dans la Genèse, chapitre 25.

Rebecca se retrouve enceinte tardivement. On l’a longtemps crue stérile, et Isaac, son époux, a imploré Yahvé de lui venir en aide. La nouvelle de la grossesse de Rebecca semble donc être une bénédiction de Dieu.
Or, voici qu’enceinte de jumeaux, elle s’aperçoit que « ses fils s’entrechoquaient dans son sein », ce qui lui semble un mauvais présage pour l’avenir. Désespérée, elle en perd le goût de vivre et consulte Yahvé. Celui-ci lui fait le présage suivant :
« Il y a deux nations dans ton sein. Deux peuples, issus de tes entrailles, se sépareront. Un peuple sera plus fort que l’autre et l’aîné servira le cadet. »
Etrange prédiction ! Un aîné qui sert le cadet, voilà qui est contraire aux usages alors en vigueur ! Deux peuples qui se séparent, cela signifie-t-il qu’il y aura des guerres ? Concerneront-elles les deux fils seulement ou les générations futures ?
La Genèse ne nous dit rien alors de la réaction de Rebecca devant de tels propos. Ils n’ont pourtant rien de rassurant !

Rebecca accouche de deux fils : Esaü et Jacob
Esaü est roux. Roux = Edom en hébreu, à l’origine des Edomites.
A la naissance, Jacob tient le talon de son frère, dans la lutte pour l’empêcher d’être l’aîné. D’où son nom, Jacob, qui signifie « le talon », car il a « talonné » son frère, pour le supplanter, démontrant déjà par ce geste que la rivalité entre eux est inscrite dans leur destin.
Ce cadet, Jacob-Israël, sera à l’origine des Israélites.
Tous deux sont prédestinés à ne pas s’entendre. Par la suite, il y aura des conflits entre Edomites et Israélites. A la génération précédente, deux garçons, demi-frères par le père, Israël et Ismaël, étaient déjà en désaccord. Les enfants juifs sont-ils donc prédestinés à ne pas s’entendre ? La question est de taille, surtout si l’on pense aux nombreux conflits qui émaillent encore de nos jours, cette région du monde !

Episode du plat de lentilles :
Alors qu’ Esaü rentre des champs épuisé, il voit son frère, Jacob occupé à préparer un bouillon, un plat de lentilles. Il le supplie de lui donner de ce « roux » car, dit-il, il meurt littéralement de faim . Jacob y consent, mais à la condition expresse qu’en échange, Esaü lui cède son droit d’aînesse. Celui-ci accepte, estimant qu’il n’a que faire de son droit d’aînesse quand la faim le tenaille. Jacob exige alors qu’il lui donne sa parole, et Esaü jure qu’il lui cèdera son droit d’aînesse.
Cette scène se déroule relativement rapidement. Esaü, rassasié, part sans demander son reste et l’on remarque qu’il n’y a ni témoin, ni trace écrite de ce serment. Leur père n’est pas au courant de ce qui vient de se passer.
La Genèse en conclut qu’ Esaü « méprisa » le droit d’aînesse. Jacob est le plus avisé : il profite habilement de la situation. Le droit d’aînesse assure une position privilégiée dans la famille et aussi une double part dans l’héritage, d’après certains anciens droits orientaux, et ensuite en Israël. De plus, le serment garantit de façon inviolable la légitimité de la cession.
Esaü, pour sa part, satisfait un besoin immédiat, à court terme, quand son frère prévoit à long terme. C’est pourquoi, c’est lui qui se discrédite, et non son frère qui le fait.

Que faut-il en conclure ?
Esaü n’est-il vraiment qu’un pauvre type qui méprise bêtement son droit d’aînesse ?
C’est la suite qui nous apportera des éléments de réponse.
Dans la vie, il y a l’ordre « classique » des choses, la mécanique sociale ( droit d’aînesse, entre autres). Et puis, il y a des transgressions…Or, la Bible s’intéresse souvent à ces transgressions, car ce sont justement elles, avec leur lot d’imprévus, qui portent « le souffle de vie ». Elle deviennent donc très importantes.

Dans l’histoire d’Esaü et Jacob, on va découvrir peu à peu qu’en réalité, les deux frères, malgré leurs désaccords apparents, ne peuvent pas se passer l’un de l’autre. On peut même dire qu’ils sont deux êtres en un. Dans la genèse, ils sont la première présence de jumeaux. Chacun représente quelque chose : non pas le Bien et le Mal, l’intelligence ou la bêtise, mais plutôt, la part du père ( Esaü) et la part de la mère ( Jacob). Plus tard, dans le Nouveau Testament, il y aura ainsi un autre « tandem » entre Jésus et Jean-Baptiste. Jean-Baptiste s’effacera devant Jésus, arrivé pourtant après lui.

Ici, Esaü vit une expérience de révélation . En effet, il a faim et cette faim le rend aveugle et sourd à toute autre préoccupation. Quand il regarde le potage préparé par son frère, il l’appelle « le roux ». Or, on sait qu’il a la chevelure rousse, et ce jeu de mots donne à penser qu’il ne peut voir dans le liquide que sa propre image. Ce n’est que lorsqu’il a calmé sa faim qu’il voit les lentilles et le pain. Il vit donc une expérience de révélation et c’est Jacob qui permet cette révélation. C’est lui qui tient les clés de cette expérience. Esaü se sentait mourir et Jacob lui a rendu la vie. On peut donc dire que, si Esaü tient à la vie, c’est Jacob qui accède à son désir de vivre. Il le ressuscite, en quelque sorte.

Enfin, par rapport à notre thème qui est celui du rôle des femmes dans la Bible, on constate qu’ici, Rebecca joue un rôle déterminant. Elle a transmis à Jacob, son fils préféré, certaines de ses qualités. Comme elle avait su entendre la soif des chameaux d’ Abraham, qui pourtant ne se disait pas, Jacob entend la faim de son frère. Elle fait de lui la gardienne du souffle de vie. Et, pour cela, elle ira jusqu’à l’avantager ouvertement au détriment d’Esaü, en bernant son mari, transgression, ô combien iconoclaste !

Genèse 27 : Jacob dérobe à Esaü la bénédiction paternelle :

Isaac est devenu vieux et quasiment aveugle. Pressentant une mort prochaine possible, il appelle Esaü, son fils aîné, pour lui donner sa bénédiction. On attribuait dans l’antiquité à la bénédiction paternelle une influence décisive sur le destin de qui en était l’objet. Isaac désire en gratifier Esaü, son fils aîné et préféré, afin de lui assurer prospérité et domination.
Mais Rebecca préfère Jacob ; elle décide de duper Isaac afin de détourner, au profit du cadet, la bénédiction promise à Esaü . Ainsi ne sera pas infirmé l’oracle( gn. 25, 23) selon lequel, son fils aîné servirait son cadet, ni annulé le privilège du droit d’aînesse acquis par Jacob( 25. 33).
Rebecca prend donc toutes les initiatives pour que Jacob « vole » la bénédiction d’Esaü. Elle pense qu’Isaac est le fils de la promesse. Elle sait que la promesse ne se transmet pas de façon automatique, comme un héritage du père à l’aîné. Elle doit se donner.
En décidant de duper Isaac pour accomplir ce dessein, elle entre dans la tradition des femmes bibliques qui « font ce qu’il faut » pour que « ce qui doit se passer se passe », au détriment de la morale classique s’il le faut.




Le plan de Rebecca :
Heureusement pour les projets de Rebecca, Isaac veut faire coïncider la cérémonie de la bénédiction avec un festin. Esaü étant un habile chasseur, un « homme des champs », Isaac le charge de lui ramener du gibier. La chasse donne à Rebecca le temps matériel de mettre son plan à exécution. Jacob doit lui ramener deux beaux chevreaux du troupeau. Elle en fera un plat délicieux, tel qu’Isaac les aime. Et c’est Jacob qui le lui présentera, en se faisant passer pour Esaü, afin de recevoir la bénédiction paternelle à la place de son frère…
Jacob s’inquiète devant cette supercherie, non parce qu’il va mystifier son père, mais parce qu’il craint de courir quelque risque : se moque-t-on impunément de son père, et finalement de Yahvé devant qui s’accomplira le rite de la bénédiction ? Et s’il était alors victime d’une malédiction ?
Mais Rebecca a tout prévu : repas, beaux vêtements, les réponses à faire et même les poils sur les mains de Jacob, pour lui donner l’apparence velue d’Esaü.


La bénédiction d’Isaac :
C’est avant tout, une parole. Mais celle-ci est d’importance. Celui qui est béni porte une parole. S’exprime ici l’idée que nous ne vivons pas seulement d’un désir de vivre, mais nous répondons à un appel. Quand on parle du Christ, on dit « et le Verbe s’est fait chair ». Il y a donc un lien entre la parole et la vie.
Dans la cas présent, on remarque qu’Isaac devenu aveugle, fait appel à tous ses autres sens, pour pallier son infirmité et mener à bien ( pense-t-il) cette cérémonie.
- L’ouïe : la voix qu’il entend le surprend car il reconnaît celle de Jacob.
- Le toucher : il palpe les bras velus de son fils, qui lui semblent le signe incontestable de la présence d’ Esaü
- Le goût : le festin de chevreaux le remplit d’aise. Il pense manger le produit de la chasse de ce fils dont il est si fier.
- L’odorat : les vêtements d’Isaac sentent l’odeur d’un champ, qu’il dit béni par Dieu. Esaü, le chasseur, était l’homme des champs.
Cette démarche témoigne de la complexité d’un être humain : plusieurs éléments le caractérisent.
Hélas pour Isaac ! ses sens ne lui suffisent plus. Et la parole mensongère de Jacob achève de le tromper.
Si la bénédiction est avant tout une parole, on est en droit de s’interroger sur la validité de celle-ci, puisque Jacob a menti en donnant une fausse parole ! Aujourd’hui, dans un tribunal, cet acte serait annulé pour mensonge et tromperie. Il serait déclaré nul et non avenu. Cependant, il n’en est rien pour Isaac ! La parole donnée est tellement sacrée pour lui qu’il ne peut s’en dédire.

La bénédiction d’Esaü :
L’épisode qui suit est pathétique. Esaü arrive, ignorant ce qui s’est tramé en son absence. Alors qu’il s’apprête à recevoir la bénédiction de son père, celui-ci comprend la supercherie. Sa douleur est immense. Le désespoir d’Esaü est tout aussi émouvant. Il supplie son père de « rattraper cette bévue », qu’il lui donne une autre bénédiction ! Après réflexion, Isaac va le faire. Mais, la bénédiction faite à Esaü remplace-t-elle, avec justice, celle qu’il aurait dû avoir ?
Alors que Jacob s’est entendu présager puissance, prospérité et abondance ( puissance= respect), Esaü devra vivre de son glaive, servir son frère et vagabonder. Beau projet en perspective ! Sa seule consolation est que, peu à peu, il se libèrera du joug de son frère cadet.
Ainsi, Rebecca semble avoir gagné. Et pourtant ! Cette mise en scène se retourne quelque peu contre Jacob. En effet, Esaü a conçu une telle haine pour son frère qu’il se jure de le tuer un jour, après le décès de leur père. Pour échapper à cette vengeance, Jacob doit s’exiler pendant quatre ans chez Laban, où il devra travailler dur. Il ne tirera donc pas profit tout de suite de son droit d’aînesse et de sa bénédiction usurpés.




Les pistes de lecture données par la Bible Osty :
Concernant la bénédiction de Jacob :

Ce récit fameux, aux très vives couleurs, se complaît à narrer, une nouvelle fois, l’habileté de l’ancêtre Jacob, au détriment d’Esaü. Car elle explique la supériorité d’ Israël, détenteur des bénédictions et des promesses, sur le peuple d’Edom, rejeté. Ruse, astuce, mensonge de Jacob et de Rebecca ne reçoivent ni jugement, ni condamnation morale, bien que l’on sente pourtant ce qu’une telle conduite a de répréhensible.
C’est l’Histoire qui se déroule et s’accomplit, tissée aussi bien avec les fautes des hommes qu’avec leurs bonnes actions, mais dominée par les desseins de Dieu : « l’aîné servira le cadet » ( 25, 23) parole qui fut dite « alors qu’ils n’étaient pas encore nés, qu’ils n’avaient fait ni bien ni mal, pour que demeure le dessein de Dieu, dessein de libre choix, qui ne dépend pas des oeuvres mais de Celui qui appelle ». ( Ro. 9- 11, 13)

Concernant la bénédiction d’Esaü :

Il devra « vivre du glaive ». Cette expression évoque les razzias, les pillages, et attaques de caravanes. La servitude ne sera que temporaire : les Edomites se libèreront du joug du royaume de Juda au Ixème siècle « à force de vagabonder ». Au bout du compte, les deux branches de ce peuple devraient pouvoir trouver leur propre voie.

Rebecca ( Gn.23.24)

REBECCA (Genèse 23-24) :

GN. 23 : Mort et sépulture de Sara.

Le chapitre 23 de la Genèse raconte les longs palabres entre Abraham et les fils de Het, puis avec Ephron, devant témoins, afin d’acquérir un terrain et un tombeau pour sa femme Sara . C’est également là qu’il sera lui-même enseveli.
Au 20ème siècle, il y a eu là un massacre lors d’une prière, et depuis, malgré l’importance symbolique du lieu, toute visite y est impossible.

Gn. 24 : Mariage d’ Isaac avec Rebecca.

Alors qu’il vieillit et qu’il sent la mort approcher, Abraham veut assurer sa descendance. Il s’adresse à un serviteur digne de confiance, le plus ancien de sa maison, pour lui confier la mission importante d’aller chercher une femme pour son fils Isaac, dans son pays d’origine : autour de Harân, en Haute- Mésopotamie, et non chez les Cananéens parmi lesquels il habite pourtant. Ceci, afin de sauvegarder la pureté de la race et se préserver de la contamination religieuse. La jeune fille devra accepter de quitter les siens pour épouser Isaac, car celui-ci ne doit en aucun cas retourner en Mésopotamie, ce serait renoncer aux promesses de Yahvé.

Pour mettre à bien cette mission délicate, le serviteur prie Yahvé et le prend à témoin d’un test inventé par lui-même pour identifier la « future » d’Isaac. Conformément à une tradition biblique, le test se déroulera près d’une fontaine. Nous avons déjà constaté et le constaterons encore, que, dans la Bible, il se passe toujours des « choses » importantes, auprès des fontaines et des sources. C’est pourquoi Yahvé envoie le serviteur vers la source.

Le test inventé par le serviteur sera de demander à boire à une jeune fille, auprès de la fontaine, pour lui-même et pour ses chameaux. Si la jeune fille accepte, c’est elle qui sera l’épouse d’Isaac, acceptée par Dieu. Ce test est en réalité, hors norme par rapport aux coutumes de l’époque. Il était alors impensable qu’un homme, un inconnu de surcroît, demandât ainsi à boire à une jeune fille. Il se serait servi lui-même. Or, Rébecca accepte, ce qui, d’emblée, prouve son caractère courageux et indépendant.

Mais, le serviteur ne crie pas victoire trop vite : il attend que la jeune fille ait abreuvé ses chameaux et l’observe en silence. Ce n’est qu’à ce moment-là que, pour la remercier, il lui offre des bijoux précieux, en or. Ces présents sont-ils une simple reconnaissance ou déjà un cadeau de fiançailles ? Il continue son enquête pour connaître la famille de la jeune fille qui lui propose l’hospitalité. Et le serviteur est tout à fait rassuré en découvrant que Rebecca appartient à la famille des « frères d’ Abraham ».

Reste à convaincre la famille ! Rebecca reçoit le serviteur dans la maison de sa mère, ce qui suggère que son père est mort, d’autant plus que seuls, son frère Laban et sa mère, vont s’occuper d’elle. Dès le début de leurs tractations, on s’aperçoit que plusieurs éléments entrent en jeu :

Yahvé est très présent dans leurs discours , puisque Laban , sans doute averti par les paroles de Rebecca, qui lui a rapporté les faits et dires du serviteur, s’adresse à lui en l’appelant « béni de Yahvé ». Il ne cesse de faire mention de ce que Yahvé a fait pour son maître, en le comblant de bienfaits et de richesses. Il affirme que c’est sans conteste Yahvé qui l’a guidé jusqu’à Rebecca et sa famille, par l’intermédiaire d’un ange. Il raconte 2 fois son expérience, comme pour en consolider la valeur. Il explique le test qu’il avait imaginé, en confiant sa réussite à Yahvé. Il fait part des exigences d’Abraham, concernant la famille de la jeune fille, et son désir qu’elle vienne au pays d’Isaac, pour être conforme aux promesses de Yahvé. Tout s’est déroulé comme prévu et Laban et Betouél ne peuvent qu’approuver avec ces mots : « la chose vient de Yahvé et nous ne pouvons te dire ni mal, ni bien », c’est-à-dire, on ne peut qu’accepter sans ajouter quoi que ce soit. Pour cette jeune fille qui n’a plus son père, il semble que désormais, c’est Yahvé lui-même qui s’occupe de son destin. Peut-on rêver d’un père de substitution plus noble que celui-là ?

L’aspect matériel :
Devant Laban, le serviteur met en avant les cadeaux, les biens matériels possédés par Abraham, son maître. Laban n’est peut-être pas insensible à cet aspect. En revanche, on constate qu’il n’en est pas de même pour Rebecca, car elle a accepté de rendre service au serviteur avant de savoir si cela lui vaudrait une récompense quelconque. Elle se montre donc désintéressée, lorsque cet inconnu lui demande à boire. Dans le texte hébreu, le verbe boire se traduit de 3 façons différentes : avaler de l’eau, arroser, abreuver, employé pour les animaux. Rebecca donne à boire à tous les sens du mot, aussi bien à l’homme qu’à ses bêtes .

Sa générosité ne s’arrête pas là, puisqu’elle va accepter de quitter les siens pour aller vers Isaac. On se souvient qu’au début de la Genèse, Adam devait quitter son père et sa mère pour épouser Eve. « L’homme quittera son père et sa mère… ». Ici, c’est la première fois que dans la Bible on voit une femme quitter sa famille pour se marier. Rebecca est une pionnière. Elle épousera Isaac, le fils de la promesse. De ce fait, elle jouera un rôle messianique.

En ce qui concerne l’art narratif, on peut s’attarder quelques instants sur la présence presque constante des chameaux, au milieu de cette histoire de tractations prénuptiales. En effet, ceux-ci accompagnent les humains partout. Bien sûr, leur présence est tout à fait habituelle à cette époque lors des voyages et déplacements. Cependant, on constate ici, qu’ils sont une véritable figure biblique :
1)-Pourquoi faut-il que Rebecca accepte d’abreuver les chameaux pour satisfaire au test du serviteur ? cela s’avère aussi important que de désaltérer un être humain. Or, non seulement Rebecca accepte, mais elle devance même les désirs du serviteur, puisqu’elle en prend l’initiative avant qu’il ait eu le temps de le lui demander. Elle démontre ainsi qu’elle est capable d’entendre une soif qui ne se dit pas. Elle entend symboliquement l’appel du Fils.
2)-Laban, en accueillant le serviteur, accueille les chameaux chez lui. Les chameaux font partie de la richesse d’ Abraham. En les emmenant avec lui, le serviteur en fait une représentation d’Isaac.
3)-Lors du test , le serviteur observe Rebecca en silence et, c’est seulement quand elle a fini de désaltérer les chameaux qu’il lui offre les présents. Par ce geste, elle se montre digne d’estime.
4)-Lorsqu’il est introduit chez Laban, celui-ci fait nourrir et soigner les chameaux, et c’est seulement ensuite que le serviteur fait la demande en mariage de son maître. En soignant les chameaux, Laban montre qu’il adopte cet étranger.
5)-En apercevant Isaac, Rebecca tombe de chameau, comme si elle se disait d’instinct « c’est lui que j’attends depuis toujours ». Elle n’a plus besoin d’être guidée par un chameau, désormais, son seul guide sera son époux.

Rebecca se voile devant Isaac :
Ce geste est une tradition : la fiancée ne se dévoile que dans la chambre nuptiale. Se voiler, pour une femme, est un geste de délicatesse pour ne pas agresser l’autre. Isaac ne se sent pas encore prêt à être son maître. Mais, le voile a aussi une signification théologique. En voyant Rebecca voilée, le voile lui rappelle qu’elle est celle que Yahvé a réservée pour lui. Le voile a deux rôles : signaler et protéger. Derrière le voile, il y a ce qui est le plus précieux. Le voile signale un mystère et, en même temps, garde ce mystère. Il a donc un rôle paradoxal : il protège un bien précieux qu’il révèle et cache en même temps.
On pense à l’artiste contemporain Cristo qui, avec Jeanne Claude, emballa le Pont-Neuf ( le plus vieux pont de Paris) le 23 septembre 1985, dans de grands voiles blancs, comme pour faire redécouvrir aux citadins la beauté cachée d’un monument que beaucoup côtoient pourtant tous les jours.
Isaac ne découvre Rebecca qu’au soleil couchant, comme si la nature elle-même contribuait à voiler sa silhouette. Et, de fait, il ne la verra que voilée. Saint-Paul a, lui aussi, toute une théorie sur le voile que doivent porter les femmes.
La vérité n’est pas la vérité toute nue, mais la vérité voilée.

Isaac et sa mère :
Isaac entretient une relation très fusionnelle avec sa mère défunte. Il habite dans sa tente. L’arrivée de Rebecca va apporter une nouvelle donne à cette situation. Sans exagérer le symbole freudien, on constate qu’Isaac introduit Rebecca dans la tente de sa mère. Ce geste n’est possible que parce que la mère est morte. De plus, en épousant Rebecca, Isaac quitte le deuil de cette mère. En effet, il y a une continuité dans le rôle des deux femmes. Rebecca joue un rôle messianique , comme le fera plus tard Marie dont le rôle est essentiel.
Que signifie ce terme messianique ?Pour les chrétiens, le Messie, c’est-à-dire, l’envoyé de Dieu, c’est le Christ. Il a pour rôle de nous révéler ce que nous sommes. Pour les Juifs, c’est tout le peuple juif qui est messianique, et ce peuple est dispersé dans le monde entier ( diaspora ). Ici, le rôle messianique est tenu par une femme.

Ruth

Ruth :

Le livre de Ruth est un des plus originaux de l’ Ancien Testament.

Au départ de la narration :

En ce temps-là, une famine survint en Israël. Un Judéen ,nommé Elimelek (ce qui signifie Dieu est mon roi) se dirige vers les terres cultivées de Moab , accompagné de sa femme, Noémi ( nom qui signifie, ma gracieuse) . Cette famille quitte donc Bethléem, terre de Juda pour une contrée étrangère, afin de survivre. En un premier temps, le résultat de cette migration est positif puisqu’ils restent dans les campagnes de Moab. Le mot champ ou campagne de Moab signifie champ cultivé, ce qui donne à manger, celui de Bethléem, maison du pain. Dès le départ, on sent que dans cette histoire, il y a une notion de survie.

Cependant, bientôt, la Mort se manifeste parmi eux. Elle atteint d’abord Elimelek. Mais, la Bible précise que Noémie lui survit ainsi que ses deux fils, Mahlôn et Kilyôn. Or, ceux-ci portent des noms prédestinés au malheur puisque Mahlôn signifie maladie et Kilyôn, fragile. Après avoir épousé des Moabites, signe d’intégration, ils meurent tous les deux, au bout de 10 ans. Là encore, la Bible répète avec une certaine insistance la femme survécut à ses deux enfants et à son mari.
Dans cette histoire, la distinction féminin / masculin est posée dès le départ, puisque dans cette famille, les hommes meurent et les femmes survivent.

Hypothèses de lectures :

Noémie a perdu les trois hommes de sa vie.
C’est le premier mystère ! Pourquoi les hommes meurent-ils dans cette famille, alors que les femmes survivent ?
Elimelek meurt après être venu en pays moabite. 1ère hypothèse de lecture : Elimelek peut-il survivre longtemps après avoir quitté son pays ?
Le deux fils ne peuvent engendrer ni même survivre en épousant des Moabites, étrangères à leur peuple. N’oublions pas que les Moabites étaient les ennemis des Juifs. 2ème hypothèse de lecture : auraient-ils commis une faute en épousant deux étrangères ?
On constate qu’il manque des éléments importants dans cette famille.
Dans la famine qui régnait en Israël, on peut penser qu’il n’y avait pas que la famine matérielle ( manque de nourriture) mais, qu’il y avait déjà un manque de quelque chose d’autre. Manque de quoi , dans ce peuple replié sur lui-même ? Fallait-il qu’il s’expatrie pour trouver ce qui manquait ? On le saura par la suite.

Suite de la narration :

Après la mort de ses deux fils, Noémie par honnêteté vis à vis de ses brus veut leur rendre leur liberté. Mais, alors qu’ Orpa accepte de retourner parmi les siens, Ruth s’y refuse catégoriquement .Elle veut rester près de Noémie qui finit par l’accepter. Toutes deux retournent à Bethléem où, après avoir vécu pauvrement, elles se sortent d’affaire grâce à leur art conjugué de la séduction . En effet, Ruth séduit Booz, grâce à son habileté et aux conseils avisés de Noémie. Celui-ci l’épouse et ils auront un fils, ancêtre de David, pour leur plus grand bonheur à tous ! La descendance est assurée !

Le rôle agissant des femmes :

Orpa :
C’est une des brus devenues veuves. Son nom signifie qui tourne le dos. Son sort est vite oublié car en acceptant tout de suite le conseil de Noémie de retourner chez les siens pour y refaire sa vie, elle rentre vite dans le rang. Or, la Bible s’intéresse surtout à ceux qui sont singuliers.

Ruth et Noémie :

Toutes les deux sont liées au point qu’elles semblent être une femme à 2 visages, l’une étant juive et l’autre ne l’étant que d’adoption.
Noémie :
Est , après ces triples décès, complètement désespérée. Elle se sent abandonnée par Dieu, elle se sent maudite. Elle est trop vieille pour enfanter, ce qui est rédhibitoire. Elle craint même d’entraîner ses brus dans son malheur. Pour elle, la perpétuation de l’espèce est si importante qu’elle envisage les solutions les plus extravagantes pour y parvenir ,tout en les éliminant les unes après les autres avec beaucoup de bon sens. Elle se sent dans une voie sans issue , n’envisageant ni une descendance issue d’une union entre Juifs et Moabites, ni d’une union entre membres de sa famille d’une autre génération. Elle n’est tout de même plus en âge d’enfanter pour donner de nouveaux époux à ses brus ! Alors, que faire ? Lorsqu’elle revient, méconnaissable à Bethléem, elle demande aux gens de ne plus l’appeler Noémi, la gracieuse, mais Mara, l’amère. Or, c’est Ruth, sa bru, qui va la tirer d’affaire.

Ruth :
Son nom signifie amie. Et amie, elle va l’être, avec sa belle-mère à laquelle elle fait un serment de fidélité très intense :
« Où tu iras, j’irai, où tu demeureras je demeurerai, ton peuple sera mon peuple et ton Dieu sera mon Dieu »
On peut faire un rapprochement entre Ruth et Abraham, le père des croyants, auquel Yahvé avait demandé de quitter son pays, sa patrie, sa culture, pour un pays qu’il lui ferait voir. Ruth aussi a quitté son pays et les siens pour suivre son époux le Juif, fils de Noémie.
Les deux femmes, la Juive et la Moabite ont besoin l’une de l’autre :
Ruth a besoin de Noémie pour vivre puisqu’elle lui dit explicitement qu’elle ne veut pas vivre sans elle. Et Noémie a besoin de Ruth pour procréer. Grâce à elle, elle engendrera d’une manière autre que classique. Elle transmet quelque chose d’autre que la vie organique. La vie organique en cache une autre : le goût de la vie. Ruth serait une incarnation de Noémie, son prolongement. A tel point qu’à la fin du récit, on entend les voisines dirent ceci : « Il est né un fils à Noémie »et l’on dit que c’est elle qui l’éleva.

Avant d’arriver au dénouement, il est intéressant d’analyser le cheminement qui y conduit, tant dans les coutumes de cette époque que dans la psychologie des personnages :

Les coutumes de cette époque :
Ruth demande à sa belle-mère l’autorisation de glaner dans les champs, c’est-à-dire qu’elle ramasse ce que les autres ont laissé. C’est la place d’une Moabite. Ce n’est pas sans risques puisque en tant qu’étrangère, elle pourrait être molestée par les ouvriers israélites. C’est la protection offerte par Booz qui lui permet d’échapper à d’éventuelles tracasseries ou persécutions. On constate à quel point l’appartenance à une tribu était essentielle en ce temps pour avoir droit au respect, voire, pour se garder en vie.
Ce n’est pas très glorieux non plus, puisqu’elle se nourrit des miettes des autres. Elle ramasse les restes. C’est une moins que rien.
Mais, dans l’Evangile, on nous dit : » Les chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres » Et les miettes peuvent être intéressantes. C’est par ce qu’on laisse derrière soi qu’il peut se passer quelque chose... Les miettes ont une valeur symbolique. Au chapitre 2 verset 7, Ruth est du côté du peu : peu de maison, peu de nourriture. Mais le peu n’est pas perdu pour tout le monde. En effet, cette « moins que rien » va devenir une « plus que tout » puisqu’elle va épouser le patron. Il y a là l’idée que ce que nous laissons tomber de nos vies va être ramassé par d’autres pour en faire quelque chose d’intéressant.
L’autre coutume de cette époque est celle du goël, le « racheteur », c’est-à-dire, l’homme du clan qui, selon la loi du Lévirat, a le droit et le devoir d’épouser une veuve, après la mort de son époux. Ce qui prouve à quel point une femme était peu de chose, lorsqu’elle n’était pas ou plus épouse. Selon cette loi, le goël prioritaire est le plus proche parent du défunt, souvent son frère aîné. C’est pourquoi, Booz s’ assure que celui qui a priorité sur lui n’exerce pas son droit de préemption. Cette vérification faite, il peut épouser Ruth. Ainsi, la loi du Lévirat n’est pas appliquée à la lettre, mais elle n’est pas reniée non plus.

La psychologie des personnages :

Là encore, les schémas homme/femme y sont déterminants.
L’homme ( Booz) : apparaît comme l’élément fort, puissant et rassurant. Son nom signifie celui en qui est la force. Boaz est aussi le nom de la colonne du Temple.
C’est Booz qui protège Ruth de serviteurs insolents ou frondeurs. Il est respectueux des lois, puisqu’il est prêt à s’effacer devant un rival qui lui serait prioritaire, ce qui lui augmente son statut de sage.
Il a un grand respect pour la fidélité et le dévouement dans les relations humaines : qualités qu’il reconnaît à Ruth et dont il fait preuve lui-même à l’égard de Noémie.
Il est intelligent et généreux, car il comprend tout des intentions de Noémie. Il lui accorde 6 mesures d’orge , toute la nourriture dont elle a besoin pour vivre.De plus, il sera celui qui lui donnera une descendanc, par bru interposée.
Les femmes : elles ont une belle complicité féminine pour séduire Booz.
Ruth suit les conseils avisés de Noémie. Elle se fait attirante en se lavant et en utilisant le parfum. Mais, cette femme douée d’une grande force de caractère, sait aussi se faire humble : elle se couche aux pieds de Booz. Elle se garde bien de le troubler pendant sa digestion. Sans volonté agressive, elle « attrape » l’homme par ses points faibles. Et, grâce à ces habiletés successives, la « rencontre » entre l’homme et la femme peut se faire, car la femme dévoile la fragilité de l’homme, sans être menaçante.

Conclusion : Histoire révolutionnaire :

Si Ruth n’avait pas engendré un fils, il y aurait eu un blocage dans les générations, puisque les femmes israélites n’arrivaient plus à engendrer. Cette histoire est donc révolutionnaire par rapport aux lois et coutumes de l’époque, puisque ce peuple accepte que ce soit une étrangère qui assume le fait d’engendrer le descendant d’Elimelek, un fils de roi, du fait qu’Elimelek signifie Dieu est mon roi. Bien qu’elle soit étrangère, Ruth est celle qui sauve le peuple d’Israël car sa descendance fait partie des ancêtres de Jésus, le Messie qu’Israël attend.
Ruth représente la ligne d’ouverture vers l’universalisme, qui fait toute la grandeur de ce peuple, contrairement aux sionistes qui sont pour un « enfermement » de leur judéité. Et le fils de Ruth s’appelle Obed, c’est-à-dire le serviteur.
Ce texte est si important qu’il est lu aux fêtes de la Pentecôte juive. C’est la fête de l’engendrement des cœurs.
Le personnage central en est Noémie, la gracieuse, qui accomplit la descendance d’ Elimelek « Yahvé est notre roi », complétée par Ruth , toutes les deux étant le complément l’une de l’autre.

Figure de Sarah dans le livre de Tobie

FIGURE DE SARA DANS LE LIVRE DE TOBIE :

Problématique du livre de Tobie :

La bible nous présente la famille de Tobie. Le grand-père s’appelle Tobiel, le père Tobit, et le héros de cette histoire, le petit-fils, Tobie.
A propos de Tobiel, il faut savoir que dans la Bible, les noms en EL font référence à Dieu, Elohim chez les Hébreux. Ceux qui portent un nom en EL sont donc bénis de Dieu.
Lorsque Tobit nous est décrit, on constate qu’il a perdu le EL contenu dans le nom du grand-père. On peut donc tout de suite s’interroger et se demander si cela signifie qu’il a été abandonné de Dieu.
En effet, Tobit nous est présenté comme un homme pieux, qui a toujours vécu selon les préceptes de Dieu : vérité, justice, aumône, etc. Il a une particularité : il enterre les morts. C’est le croque-mort d’ Israël, bénévole. Devant tant de dévouement, on peut penser que Tobit a tout lieu d’être fier de sa vie , et que Dieu doit être content de lui !Or, voici que les malheurs vont s’abattre sur lui !

Les malheurs de Tobit :
A la suite d’une déportation, Tobit est géographiquement éloigné d’Israël. Il vit à Ninive, ce qui ne va pas sans risques pour lui. Il met son point d’honneur à apporter toutes les aides possibles à ses frères juifs , déportés comme lui. Alors qu’il vient, au péril de sa vie, d’enterrer un pauvre homme qui avait été étranglé, Tobit devient aveugle. Il est atteint de leucomes, provoqués par des fientes de moineau. ( livre 2).
Autre malheur : sa femme se révolte contre lui, car il suppose que le chevreau qu’elle a honnêtement gagné pourrait être un animal volé. Elle lui fait des reproches avec une telle violence qu’il est rempli de tristesse, au point de vouloir mourir.
Enfin, on apprend au chapitre 4 que Tobit a laissé une somme de 10 talents d’argent chez Gabaël, en Médie, qui lui font défaut, puisqu’il s’excuse auprès de son fis que leur famille soit devenue pauvre.( Tobie 4, 21) .

Pourquoi Dieu met-il Tobit à l’épreuve ?
Dieu semble vouloir mettre à l’épreuve cet homme pieux, généreux avec les autres, serviable, courageux, qui prend des risques pour enterrer des morts, même quand c’est interdit . Mais que lui reproche-t-il donc ?

Malgré toute sa bonne volonté, Tobit commet plusieurs erreurs :
On pourrait résumer son caractère en le définissant comme « l’homme qui en fait trop » !
Il cumule les bonnes œuvres d’une façon un peu trop ostentatoire. Il adopte une attitude messianique, comme s’il portait tous les péchés d’ Israël sur le dos. Il se met en position de victime expiatoire. N’est-ce pas prétentieux ?
Vis à vis du chevreau rapporté par sa femme, il est coupable de suspicion, puisqu’il soupçonne un vol qui n’existe pas. Certes, il est loin de Jérusalem, c’est pourquoi, il s’efforce de continuer à être juif, à Ninive, loin des autres Juifs, ce qui ne doit pas être facile. Mais, est-ce une raison pour soupçonner tout le monde de tout ? Que devient la Foi quand on est éloigné des siens ? Faut-il perdre confiance dans le genre humain ?
De plus, il ne s’en rend pas compte, mais, vis à vis de sa femme, il est insultant. Elle est si fière de rapporter à sa famille, ce chevreau qu’elle a gagné à la force de son travail ! Et il lui brise sa joie par un soupçon ridicule et injustifié. Anna prend cela pour une insulte.
Lorsque Tobit devient aveugle, on peut facilement en conclure que sa cécité est autant morale que physique, aussi symbolique que réelle. Car il a confondu le Bien avec l’acte de faire le Bien, sans tenir compte des personnes qui en bénéficient. Le fait de devenir aveugle devient donc pour Tobie une épreuve thérapeutique.

Analogie avec le livre de Job :
On trouve dans la Bible un autre juste, à la vie exemplaire, cruellement mis à l’épreuve par Yahvé, c’est Job. Mais, lui aussi, était suspicieux. Il faisait des sacrifices à Dieu, dans la crainte que lors des fêtes données par ses fils, il n’y eût quelque faute…

Les épreuves de Sarra :

Le même jour, Sarra est insultée par sa servante, car elle a eu 7 « fiancés » qui sont tous morts ! La servante l’accuse d’être responsable de ces décès successifs, et lui enjoint de mourir à son tour. Sarra, désespérée, est suicidaire !

Parallèle entre les deux récits : Tobit // Sarra

Ce parallèle est si frappant que cela ressemble à un conte dans lequel le narrateur prépare la rencontre des deux personnages.
Tous deux sont entourés par des morts
Tous deux ont de gros malheurs
Tous deux sont insultés
Tous deux veulent mourir
Leurs malheurs arrivent en même temps
Tous deux prient
Tous deux sont aidés par l’Ange, puis, sauvés.

En fait, bien que leurs problèmes soient différents, ils ont beaucoup en commun.
Sara, fille unique de son père, semble se garder pour un homme qui la réconcilierait avec les siens puisqu’une force étrange a fait mourir tous les hommes « étrangers » qui l’ont approchée.
Tobie est, lui aussi, fils unique de Tobit. C’est lui qui épousera Sarra, sans encourir la mort, cette fois. C’est lui qui apprendra à Tobit comment retrouver la vue, grâce aux conseils de l’Ange. C’est enfin lui qui rapportera à Tobit la somme d’argent qu’il avait laissée chez Gabaël, symbolique d’un trésor perdu.
Sarra et Tobie sont deux enfants uniques, c’est-à-dire, uniques en leur genre. Quelque part, nous le sommes tous ! On peut dire aussi que, dans cette histoire, ils sont deux êtres singuliers, à la vie peu banale, jalonnée d’épreuves cruelles pour Sarra, et pour Tobit. Mais Dieu réserve un « happy end » à ces trois héros : Tobit, Tobie et Sarra, après un parcours tourmenté.

Le parcours des trois héros :

Le voyage de Tobie :

Tobit envoie son fils, Tobie, chez Gabaël, en Médie, récupérer la somme d’argent qu’il y a laissée. Nous avons déjà dit que cet argent symbolise un trésor perdu que seul le fils de Tobit peut restituer à son père.
Pour faire le voyage jusqu’en Médie, nombre de précautions sont nécessaires !
Tobie part, accompagné d’ un chien, sujet souvent traité par les peintres, et aucun artiste n’oublie ce détail charmant qui nous ravit d’aise ! Le chien représente l’animal proche de l ’humain, apparemment inutile, mais si fidèle ! Il n’intervient pas, mais est témoin de ce qui arrive. C’est la présence attentive mais non intervenante. D’ailleurs, souvent, les peintres représentent aussi un chien au pied de la croix du Christ. C’est la présence divine.

Tobie cherche aussi un compagnon qui lui indique la route, et ce compagnon sera l’ange Raphaël, après que Tobit ait soigneusement vérifié la tribu d’origine de ce voyageur. L’ange est celui qui va aider Tobie. Toutefois, il agit de manière indirecte, par une sorte de tour de magie. Tobie, agressé par un poisson alors qu’il se lavait les pieds, s’entend rassuré par l’ange qui lui donne plusieurs recommandations. Par le cœur, le foie et le fiel du poisson, il obtiendra un onguent guérisseur, capable de sauver plusieurs personnes. Comme pour Jonas, prisonnier à Ninive ( lui aussi) le poisson, d’abord dangereux, s’avère salutaire. Jonas reste prisonnier 3 jours dans le ventre du poisson. Il vit l’expérience de la mort, comme Jésus qui restera 3 jours au tombeau. D’ailleurs, Jésus avait dit aux Hébreux qu’il leur donnerait le signe de Jonas, preuve de sa parenté divine. Jonas sort du ventre de la baleine, Jésus ressuscite, et Tobie ? Eh bien, l’onguent fourni par le poisson sera un principe de vie qui va libérer les autres héros.

La nuit de noce , libération de Sarra :

Grâce à l’onguent fourni par le poisson, Sarra est débarrassée de sa malédiction. Elle épouse Tobie, fils de Tobit, sans que celui-ci ne meure. La tombe préparée par le père de Sarra devient inutile, on la bouche. Le démon qui torturait Sarra est pourchassé par l’ange Raphaël en Haute Egypte, pays traditionnel de malédictions car désertique. Tous deux se mettent à prier et leur nuit de noces est placée sous la protection de Dieu. Le récit pourrait s’arrêter là.

Raphaël à Raguès, le trésor récupéré :

L’histoire rebondit car Tobie envoie l’ange récupérer l’argent laissé par son père chez Gabaël.

Tobit guéri :

Après une longue absence, Tobie tient beaucoup à retourner vers son père, et, grâce au conseil de l’Ange, il applique le baume guérisseur, extrait du poisson, sur les yeux de son père. Miracle : celui-ci retrouve la vue, et déclare à qui veut l’entendre : « Dieu m’a ouvert les yeux ». L’ange fait alors connaître sa véritable identité et lui explique que Dieu, après avoir lourdement éprouvé Tobit, le juste, a voulu lui rendre son bonheur. Il prononce cette phrase mystérieuse : « Il est bon de cacher le secret du roi, mais les œuvres de Dieu, il est bon de les révéler avec éclat ».

Sarah et Agar ( Gn.chap.16)

SARAH et AGAR ( GN. Chap.16)

Le couple de Sara et Abraham est assez particulier ::
A l’appel du Seigneur, Abram est parti pour Canaan. Y survient une famine. Alors, il cherche refuge en Egypte. Arrivé là, il prend peur : si les Egyptiens allaient le tuer pour prendre sa femme ? Il demande donc à Sara d’accepter de se faire passer pour sa sœur, pour que cela se passe bien pour lui. Il se met au centre : c’est sa vie, son bien-être qui compte. Sara le laisse dire et accepte de se sacrifier pour Abram, renonçant, pour lui, à ce qu’elle est. Repérée pour sa beauté par les hommes du pharaon, elle se retrouve dans le harem royal, tandis que celui qui passe pour son frère est comblé de bien à cause d’elle. Heureusement, le seigneur intervient pour libérer Sara et la rendre à Abram.
Or, arrivée à un âge avancé, Sara connaît, elle aussi, une peur : elle n’a toujours pas eu d’enfant. Sa stérilité entrave le pouvoir d’engendrement des hommes. Elle casse la chaîne généalogique ininterrompue qui mène jusqu’à Abram, une chaîne où les épouses ne sont que les matrices, où les pères engendrent les fils. Mais Sara ne peut être mère, ce qui la met dans une position singulière. Elle a donc l’idée d’envoyer sa servante égyptienne, Agar, vers la couche d’Abraham, pour que celle-ci joue le rôle de mère porteuse. Abram accepte.
On voit donc, dans le coup d’envoi de cette histoire qu’Abram et Sara sont tous deux habités par des peurs : lui craint pour sa vie, elle pour la postérité de la famille. Tous deux ont recours à la ruse et inventent « des solutions maison » pour se tirer d’affaire. Dans un cas comme dans l’autre, ils ont recours à des moyens détournés, peu orthodoxes, voire scabreux, pour arriver à leurs fins. Et ces méthodes étranges les lient l’un à l’autre d’une manière assez particulière.

Quelques précisions concernant le nom des personnages :
Sara s’écrit de plusieurs façons :
On trouve Saraï, ce qui signifie ma Sara, ma princesse. ( ï est un possessif)
Mais Sara s’écrit aussi Sara ou Sarah.
Abraham s’appelle d’abord Abram. Ab= le père. Le H intervient quand Abram a une longue descendance. Abraham= père d’une multitude.

La rivalité entre les deux femmes :
Dès qu’ Agar sait qu’elle est enceinte, son attitude change à l’égard de Sara. Au fur et à mesure que son ventre s’alourdit, Saraï « s’allège » aux yeux d’Agar, c’est-à-dire qu’elle perd son autorité. Sara n’a pas été dérangée par le fait de mettre sa servante dans le lit de son époux, mais elle ne supporte pas l’attitude arrogante de celle-ci quand, étant enceinte, elle se sent forte d’avoir réussi là où sa maîtresse a échoué. Porter l’enfant du maître de céans ce n’est pas rien. Agar se sent triomphante.
Furieuse, Saraï retourne sa colère contre Abram et l’exhorte à remettre de l’ordre dans tout cela. Il doit choisir : « c’est elle ou moi ! ». Abram qui se sait redevable à Sara, ne peut pas résister à ses exigences. Il lui rend Agar et la remet sous son autorité.

Agar et son fils Ismaël :
Sara persécute Agar à tel point que celle-ci s’enfuit dans le désert. On constate que le sort de la servante est peu enviable, et même assez cruel, dans cette histoire. Donnée à un homme beaucoup plus âgé qu’elle, utilisée comme mère porteuse, jalousée et maltraitée par l’épouse qui l’a pourtant manipulée pour parvenir à ses fins, il ne lui reste plus, à ce stade, que ses yeux pour pleurer. Personne ne semble se soucier d’elle. Mais, que vaut une servante à cette époque ? elle n’est rien !
Heureusement, Dieu est là !!!
L’ange de Dieu la « trouve ». Idée de rencontre. Il la trouve près d’une source. En hébreu, source = l’œil de la terre. Le Christ aussi rencontrera Marie-Madeleine près d’une source. Dieu a entendu la détresse d’Agar. Son fils s’appellera Ismaël = celui qui entend.
Idée que l’on « trouve » quelqu’un en un lieu où cette personne cherche quelque chose.
Agar est « rejointe » par l’ange près de la Source. L’ange lui donne la bénédiction de Dieu. Il joue un rôle paternel. Il indique à Agar quel sera le nom de l’enfant. Son fils sera reconnu légitimé par Dieu. Agar doit retourner près de sa maîtresse, mais, cette fois-ci, sans crainte.
Revenir à la source, c’est revenir à la naissance. Cet enfant, mal parti dans la vie , est « protégé » par Dieu. Ismaël est donc, lui aussi, un fils de Dieu.

Ismaël, onagre humain :
Pour les musulmans, Ismaël , leur ancêtre, est bel et bien l’enfant de Dieu, puisque près de la Source, se trouve l’Ange de Yahvé. La naissance de la religion musulmane serait là, bien avant Mahomet, puisque les musulmans se disent Ismaélites.
Ismaël sera un « onagre humain », dit la Bible : un homme comme un âne sauvage, c’est-à-dire indépendant, vagabond, batailleur, vivant à l’écart de ses frères sédentaires et en opposition avec eux. Son caractère tient de l’humain et de l’animal .Il est dans un rapport assez particulier avec les autres. « Sa main sera contre tous et la main de tous contre lui ». Les traits de l’ancêtre caractériseront ses descendants, les nomades Ismaélites.
Ismaël sera tireur d’arc. On peut être surpris de voir Yahvé reconnaître cet enfant prédisposé à être un trublion. Pourtant, il cautionne cela : il faut des hommes comme lui, qui interpellent les autres êtres humains.
Dans la figure de Jean-Baptiste , aux portes du désert, vêtu de peaux de bêtes, on retrouve cet homme, à part des autres, habillé comme l’animal, face à ses semblables, les exhortant au baptême. Autre parallèle à noter : Jean-Baptiste, est né d’une mère qu’on a d’abord crue stérile, Elizabeth (comme Isaac, demi-frère d’ Ismaël, naîtra tardivement de Saraï.). Et ce trublion de Jean-Baptiste est le précurseur du Christ.

Sara et Agar, 2 expériences fondatrices de la maternité :
Agar :
Son enfant vient tout naturellement, facilement. C’est la procréation naturelle, qui assure la descendance.
Sara :
Elle a le statut d’épouse.
Elle a longtemps été stérile.
Elle voulait être mère trop tôt.
Un enfant va lui venir, quand elle ne l’attendait plus, c’est l’enfant inespéré.
Dans chaque être humain, il y a une part des deux enfants : fils d’Agar, fils de Sara.

Les verbes « Voir, Entendre, Rire » :
Le texte insiste beaucoup sur le verbe Voir .
Gn16 v.13 : « n’ai-je pas vu ici celui qui me voit ? » On voit qui me voit : logique de surprise, contraire à la logique de prévoir = voir à l’avance, organiser.
On appelle le puits « Lahaï Roï »= lieu où Dieu me voit, puits pour le vivant, mon voyant.
Hypothèse de lecture :
A la naissance, on reçoit la vie, les sens, et la parole. Le puits est associé à la Vie. La vie que l’on reçoit est comme un regard posé sur nous.
La parole se perçoit dès que l’on donne à l’enfant un nom, pour l’appeler.
Du côté de la vie est le Voir. Du côté de la parole est l’écoute.
Je ne tiens en vie que si je suis regardé. Médicalement, il existe des pathologies chez les enfants que les mères ne veulent pas regarder. Le psalmiste dit à Dieu : « Pourquoi détournes-tu ton regard de moi ? » C’est le regard de Dieu qui le tient en vie.
Agar est du côté d’Eve, de la vie.
Mais l’écoute a aussi son importance, car lorsque Agar est au bord du désespoir l’ange lui dit : « Yahvé a entendu le cri de ta misère ». Et c’est grâce à cette écoute qu’Agar revient à la vie sociale, près de sa maîtresse, sauvant ainsi la vie de son fils des dangers du désert. De plus, le nom de son fils Ismaël signifie « celui qui entend » .
Quant à Abram, sans enfant du fait de la stérilité de son épouse, on nous dit qu’il écouta l’appel de Sara n.16 v.3). Et c’est parce qu’il l’a écoutée qu’il aura un fils avec la servante.
En synthèse : El Roï=Dieu voit Ismaël= Dieu entend

Pour Sara, ce n’est ni le regard ni l’écoute, qui sont utilisés, mais le Rire.
Elle rit lorsqu’elle entend qu’elle sera enceinte dans un an. L’ange lui dit : « tu as ri ». Elle répond : « Non ! je n’ai pas ri ! » Gn.18 v.9. Sara ment car elle a peur de cet homme qui lit dans ses pensées.
Son fils s’appellera Isaac, ce qui signifie l’enfant du rire.
L’enfant arrive comme un éclat de rire, un éclat de joie qui vient de Dieu.
L’exégète Paul Bauchamp a fait une étude sur le rire de Sara. Il dit ceci : « nous rions quand une vérité se laisse entendre » Sara a son enfant quand elle est assez mature pour l’avoir.
En littérature, le rire est un procédé qui naît de l’inattendu.
Toute l’histoire de Sara et d’Agar connaît ces rebondissements de rire et d’inattendu.
La logique biblique est une logique d’inattendu.

Les naissances dans cette histoire :

On peut dire que l’histoire de ces deux femmes tourne autour de la Naissance
Abraham a pour fils : Ismaël, dont se réclament les musulmans
Isaac, dont se réclament les Juifs.
Si l’on observe leur histoire, on s’aperçoit que chacun a deux naissances .
Ismaël a d’abord sa naissance biologique. Puis, il renaît avec l’eau du puits. Dieu a cautionné les agissements de Sara, pourtant durs et cruels. Et c’est parce que le pauvre Ismaël a été rejeté qu’il va pouvoir renaître. Ismaël va vivre l’inattendu, même si c’est déconcertant. Ismaël avait besoin d’être sevré. Il va se mettre à la bonne distance, et, lui aussi va devenir un précurseur. Finalement, cette épreuve est salutaire pour lui.

Isaac connaîtra lui aussi l’expérience de deux naissances. Après la naissance biologique, Dieu soumettra Abraham à l’épreuve du fils sacrifié. Alors qu’Isaac est emmené sur la montagne où son père est censé le sacrifier, pour obéir à Dieu, l’ange arrêtera son bras. Isaac renaît donc sur la montagne.

Agar est celle qui permet une première fécondité.
Sara est celle qui, après avoir enfanté, sépare les deux fils. Mais cette séparation était nécessaire et finalement bienfaisante.
Leurs enfants respectifs donnent, à leur tour, naissance à deux lignées : celle d’ Ismaël et celle d’ Israël .

Eve, la Vivante

EVE / LA VIVANTE

Genèse 2.3.

TEXTE DE REVELATION :

Les premiers chapitres de la Genèse sont un récit connu de tous. La création du monde, celle du premier homme, Adam et de la première femme, Eve, y est abordée sous forme de narration. Et c’est également sous cette forme que la Bible aborde beaucoup de grandes questions telles que : les rapports homme/femme, ou la question du Bien et du Mal

LE DECOR : le jardin d’ EDEN

Dans de nombreuses civilisations, on trouve cette croyance selon laquelle les êtres humains ont un jour vécu dans un jardin merveilleux où la nature était florissante, où les arbres nous nourrissaient sans que nous ayons à faire aucun effort, où le bonheur et la volupté régnaient en maîtres. Adam et Eve y vivent nus, sans aucune gêne, sans la moindre encoche à leur bien-être.
Au « paradis terrestre », on remarque la présence de deux arbres fondamentaux : l’arbre de vie
au milieu du jardin, nous dit-on, et l’arbre de la perception du Bien et du Mal. Ce dernier est particulier à la Genèse et ne se rencontre pas dans d’autres civilisations. Mais que signifie donc cet arbre de la connaissance qui soulève tant de questions ?

On remarque d’abord que sa localisation dans le jardin d’Eden ne semble pas très claire dans l’esprit d’Eve. :
Gn. 2 v.9 : « Dieu fit pousser du sol toute sorte d’arbres désirables à voir et bons à manger, ainsi que l’arbre de vie au milieu du jardin et l’arbre de la connaissance du Bien et du Mal. »
C’est l’arbre de vie qui est au milieu du jardin. Or, quand Eve s’adresse au serpent, elle lui dit : « nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin, mais de celui qui est au milieu du jardin , Dieu a dit : vous n’en mangerez pas. »Celui qui est au milieu du jardin, c’est l’arbre de vie, et non celui de la connaissance. Si Eve se trompe sur l’emplacement de cet arbre, on peut se demander s’il existe vraiment, s’il est imaginaire. Et, puisqu’il ne nourrit pas, à quoi sert-il ???Est-il l’arbre du désir ? du rêve ? de l’imaginaire ? celui qui n’existe que dans nos désirs.
Et d’ailleurs, pourquoi Dieu ne veut-il pas que l’humain ait la connaissance du Bien et du Mal ?
Gn.3 v.22 : dieu confirme qu’il ne veut pas que les humains soient des dieux, ni qu’ils soient éternels.
Interrogeons-nous sur la notion de connaissance !
C’est qu’il est ambigu, ce mot de connaissance .Comment faut-il l’interpréter ?
S’agit-il de la Totalité de la Connaissance ? Est-elle souhaitable ? Non, si elle supprime le Désir !!!
Est-ce la Conscience ? la conscience de notre vie ? de notre mort ? du Bien ? du Mal ?
De quoi Dieu veut-il nous protéger ? Est-ce qu’on est plus heureux quand on n’a pas cette conscience ?
N’y a-t-il pas aussi cette idée toute simple que l’homme n’est pas un dieu. Et nous savons tous qu’à chaque fois que dans l’histoire, un homme s’est pris pour un dieu, cela a conduit aux pires catastrophes.
Autrement dit, on pourrait résumer ainsi : La Bible ne dit pas : « tu peux consommer de tous les arbres, sauf un », mais : »il existe un arbre, ici, qui ne t’apportera que des ennuis ».


EVE :

Eve est créée pour compléter Adam. Elle est si importante que Dieu déclare que, désormais l’homme quittera son père et sa mère pour suivre sa femme. « Ils seront une seule et même chair » Adam doit donner l’exemple pour tous les autres hommes qui, à leur tour devront quitter père et mère pour suivre leur femme. C’est le coup d’envoi de l’humanité. Dieu lance le cycle .Le meilleur de l’être humain doit se séparer des parents pour se réaliser. Les parents ne donnent pas tout. Quel est donc ce meilleur au sein de l’être humain ? C’est le vivant !
Et qui incarne le vivant ? C’est Eve !
En effet, si Adam est créé à partir de la terre, (Adamus rappelant Humus = la terre), le mot Eve signifie étymologiquement : « la vivante. » Elle est, en quelque sorte « madame la Vie »
Quand Eve reçoit son nom, elle devient la mère de tout ce qui vit. ( y compris les animaux ?)
Quand Adam s’appelle Ish = l’homme ( cf. Gn. 2 v.23) , Isha veut dire la femme, mais aussi la vivante. On n’est donc pas ici dans le registre du masculin / féminin, mais du vivant en général.
On constate, par ailleurs, qu’Eve naît pendant le sommeil d’ Adam. On a, ici, la Révélation qu’il y a quelque chose de la plus haute importance, de l’ordre de la Vie, qui naît pendant le sommeil. Idée qu’au plus profond de l’homme, se cache quelque chose de fondamental qui nous pousse à la Vie.
Eve devient définitivement le symbole du Vivant et non celui des femmes, coupables d’une faute initiale, comme on le dit traditionnellement. D’ailleurs, Adam a participé à cette faute et n’a rien fait pour l’empêcher. Il est aussi fautif qu’elle dans la désobéissance.

LE SERPENT :

Le serpent joue un rôle considérable dans cette histoire, puisqu’il est celui qui induit la tentation.
Qu’incarne-t-il ? L’ange déchu. On dit qu’il est nu, c’est-à-dire rusé. Chez La Fontaine, les animaux parlent, mais celui-ci parle également. Il se conduit donc comme un homme, ou comme un diable. Il ne prononce jamais le mot Dieu, comme si cela lui écorchait la bouche, mais il dit le divin. Il semble savoir ce qu’est Dieu.
Sa conversation avec Eve est un chef d’oeuvre de ruse et de perfidie. Il est avant tout un logicien. :
Il affirme que, contrairement à ce que dit Eve, ils ne peuvent pas manger de « tous les arbres du jardin » puisqu’il en manque un ! Il suggère à Eve, qui n’y pensait même pas,
que cet arbre doit contenir une énigme puisqu’il contient une interdiction. Il crée un problème, là où il n’y en avait pas. Il introduit la notion de suspicion, de jalousie à l’égard de dieu .Dieu ne veut pas que les humains soient comme des dieux, qu’ils aient la totalité de la connaissance. Pourquoi cela ??? Il doit certainement vouloir se garder un privilège !… Nous avons vu, précédemment que ce n’est pas si sûr ! ...Eve, qui est encore naïve, se trompe dans ses déclarations : cet arbre, non seulement il ne faut pas en manger, mais même, il ne faudrait pas y toucher ! (ce n’est pas ce qu’a dit Dieu). Elle ajoute un interdit supplémentaire. Le serpent a beau jeu de lui affirmer qu’Adam et elle ne mourront pas s’ils mangent ce fruit défendu, et d’ailleurs, il dit vrai, puisque, après la faute, ils ne meurent pas !!! en tout cas, pas tout de suite ! Mais de quelle mort s’agit-il ???
La tentation du serpent est celle de posséder la totalité du savoir. Théologiquement, savoir peut-être décevant. La Révélation se situe à un autre niveau.

LE LANGAGE :

Nous venons de voir qu’ici, le serpent parle. Chose étonnante pour un animal ! Il parle le langage de la ruse, de l’ambiguïté, de la filouterie. Il parle avec Eve.
Mais Adam et Eve, eux, ne se parlent pas. Pourtant, ils sont doués de la parole puisqu’ils répondent à Dieu ( ou au serpent). S’ils n’ont pas besoin de se parler, c’est parce qu’ils ne font qu’un ! Adam et Eve ont une relation unique et mystérieuse ,entre eux, et avec dieu.

Quant au langage de Dieu, il est terrible car Dieu est en colère. Après la faute, ses paroles vont annoncer la malédiction qui désormais pèsera sur le êtres humains. Ce n’est pas lui qui lance une malédiction, mais, il révèle celle que le serpent et les humains se sont infligés tout seuls , par leur conduite :
Eve et le serpent seront désormais adversaires . C’est une déclaration de guerre sempiternelle, qui ne prendra fin que dans l’ Apocalypse, quand Michel terrassera le dragon.
La notion de souffrance apparaît : le serpent, humilié, mangera de la poussière tous les jours de sa vie. Les femmes enfanteront dans la douleur. L’homme travaillera à la sueur de son front et connaîtra l’épine et le chardon.
La honte se fait connaître des humains qui découvrent qu’ils sont nus. Dieu doit même les vêtir de tuniques.
La Mort fera désormais liée au cycle de la Vie , et celui qui incarne ce principe de mort, c’est le serpent.

BILAN DE CETTE REVELATION :

Au milieu de cette avalanche de malédictions, que reste-t-il de positif ?
L’arbre de la connaissance a été atteint. Mais Dieu a réussi à préserver l’arbre de la Vie. Les Chérubins avec la flamme de l’épée tournoyante, gardent le chemin de l’arbre de Vie.
De plus, Dieu nomme la femme Eve la Vivante, car elle est mère de tous les vivants.

On peut donc conclure qu’au terme de ce chapitre, Eve est investie de la plus grande des Missions :
Elle est la Mère de tous les vivants. C’est le principe de la Vie , alors que le serpent est un principe de mort, qui intervient quand l’articulation entre Adam et Eve ne se fait pas.
En effet, pour Adam, Eve est l’os de ses os, c’est-à-dire, le Trésor, la Perle cachée. Orienter une vie vers l’articulation qui unit Adam et Eve, c’est aller vers le bonheur. Tous deux, qui se comprennent au jardin d’Eden sans se parler, ont une relation unique et mystérieuse avec Dieu. Eve, née pendant le sommeil d’Adam, incarne la force de vie qui subsiste en l’homme, même dans les pires circonstances un des Mystères de notre condition humaine.
Si une guerre sempiternelle s’engage avec le serpent, on a vu que l’Apocalypse nous montrera la défaite du dragon. Comme nous avons compris que, pour saisir Eve, il faut la déconnecter des clivages traditionnels du masculin et du féminin, et en faire le symbole de la Vie, on en conclut qu’à la fin de tout, la Vie triomphera de la Mort.

lundi 6 octobre 2008

Gn.50 Funérailles de Jacob

Gn. 50 Funérailles de Jacob.

Tout est exécuté selon ses désirs.
On observe la différence entre Jacob et Joseph :
Jacob, à peine au cercueil, retourne chez ses pères tout de suite.
Alors que Joseph sera enterré en un premier temps en Egypte. Ce n’est que plus tard que ses ossements seront emportés par les siens, pendant l’ Exode. Donc, lui aussi, retournera au pays de Canaan, mais, ultérieurement, sans date précise.

Fin de l’histoire de Joseph :
( v.15) Les frères sont repris par leurs craintes , après la mort de Jacob. En effet, celui-ci faisait l’unité, le lien entre eux tous. Une fois le père mort, la question du pardon de Joseph se pose.
Les frères font croire à Joseph que leur père les a suppliés d’ obtenir son pardon , ce qui n’est pas exact. Ils ont donc recours à la ruse, mais, pour une fois, celle-ci sert une bonne cause.
On peut donc, à juste titre, se poser la question suivante : la ruse est-elle condamnable si elle aboutit à quelque chose de bien ?

Le pardon de Joseph :
Quand ses frères lui demandent pardon, Joseph pleure et leur dit : « suis-je à la place de Dieu ?…(v.19). Vous aviez, vous, médité de faire le mal contre moi. Dieu a médité d’en faire du bien afin d’accomplir ce qui arrive aujourd’hui ». ( v.20). ,Il indique par là que seul Dieu a le pouvoir de pardonner ! Il est le plus grand, celui qui transforme le Mal en Bien.
C’est la grande différence entre Joseph et ses frères :
Les frères se positionnent par rapport à Jacob, leur père terrestre.
Joseph se positionne par rapport à Dieu, le père céleste.

Le pardon de Dieu est la clé de toute l’histoire.
Les hommes peuvent s’illusionner en croyant qu’ils pardonnent. En fait, seul Dieu a le pouvoir de pardonner.
Joseph transmet à ses frères le pardon de Dieu. C’est Lui qui a voulu que la fratrie soit gardée en vie et se perpétue. Le peuple d’ Israël est en germe.
La question du pardon est liée à celle du Salut. Le Salut vient quand on a pris conscience du Mal qu’on est capable de faire.
Le Salut vient de Dieu, malgré nous, quand on n’y prend pas garde, car Dieu nous l’accorde et peut l’accorder à tous.

Question de la Révélation :
Le peuple juif n’a pas la Révélation. Il est la Révélation pour les nations :
En mettant dans ses Ecritures ce qu’il est, Bien et Mal inclus, chacun peut se retrouver en lui !

Joseph termine en annonçant à ses frères qu’il pourvoira à leur nourriture ainsi qu’ à celle de leurs descendants :
Par ces paroles, Joseph est une préfiguration de l’ Eucharistie.

Gn Livre de Joseph 49. Bénédictions de Jacob

Gn Livre de Joseph 49 . Bénédictions de Jacob.

Jacob bénit ses fils. En fait, il leur prédit l’avenir et fait leur portrait au vitriol.

Ruben, l’aîné :
« Tu n’excelleras pas. Tu es monté sur la couche de ton père » Ruben a commis « l’inceste » avec la concubine de son père, sa belle-mère, Léa. Le père et le fils ont été rivaux. Ruben s ‘est pris pour son père, même dans sa sexualité. Il a outrepassé le droit d’aînesse.

2 et3. Siméon et Lévi :
Deux violents ! Ils ont tué des hommes et mutilé des taureaux. Ces deux castrateurs sont condamnés à l’éclatement du groupe, à la dispersion. Ils ne seront pas capables d’unité. Il faut les séparer pour leur propre bien car ils ont été complices dans la violence.

4. Juda :
Comparé à un lion et une lionne. Jacob lui annonce le plus grand bien. En effet, c’est lui qui avait demandé à ses frères de ne pas tuer Joseph. C’est également lui qui avait promis de ramener Benjamin au pharaon pour sauver sa famille.
Juda, dans un premier temps, ressemblait au Juda de l’ Evangile ( traître). Dans un deuxième temps, il ressemble à Pierre, qui a, lui aussi, trahi le Christ ( sans question d’argent d’ailleurs), mais qui s’est ensuite amendé et est devenu le premier de l’Eglise.
Juda, lui aussi , sera le premier ; il donnera son nom à la Judée. Après avoir trahi son père, il a fait un retour spectaculaire dans le bon sens.
On remarque la description poétique de Juda : « dans le vin, il nettoie son habit…il a les yeux troubles de vin, il a les dents blanches de lait »… Le rouge évoque d’abord la curée rouge sang, puis le rouge du vin et le blanc du lait sont des visions poétiques et saines.
On trouve ici l’idée fondamentale que le pire des criminels peut devenir le premier, car il ne s’est pas enfoncé dans la trahison. Juda s’est repenti et « converti », suite à une prise de conscience. Le Bien n’est pas l’opposé du Mal, mais ce qui sort du Mal.

Puis, dans la suite des prédictions de Jacob, les enfants cités sont, pour la plupart, évoqués métaphoriquement :
5.Zabulon : est « un littoral pour les navires ».
6.Issachar : est « un âne osseux , soumis à la corvée servile ».( âne osseux = d’os= bien charpenté, robuste).
7.Dan : Jacob lui souhaite la ruse du serpent pour compenser sa faiblesse.
8.Gad : se défend des pillards en pillant à son tour.
9.Aser : aura « un pain savoureux » et « des friandises de roi ».
10.Nephtali : « est une biche en liberté qui donne de beaux faons ».
11.Joseph : est « un plan fécond près d’une source ».Jacob l’aime tout particulièrement . Les bénédictions pleuvent sur lui à qui les plus encourageantes ! Joseph est « consacré entre ses frères »
12.Benjamin : est « un loup qui déchire. Le matin, il dévore la proie, au soir, il partage le butin ».
Tous formeront les douze tribus d’ Israël.
On peut dire que chacune des tribus d’ Israël symbolise une partie de l’humanité.




Mort de Jacob :

Un bout de terre a été acheté par Abraham aux étrangers, aux Hittites. Maintenant, il n’est plus étranger, Jacob ne sera donc pas enseveli en terre étrangère ( cf. Gn.49 v29). La Bible insiste sur cet aspect.
Dans toute terre qui est celle d’un peuple, il y a une part étrangère, et c’est là que peut venir celui qui porte la promesse.