iMaison de Nicodème-
Mauron le 3.12.2006-
Le livre de Joseph( Genèse 37.)
Rappel du chap. 42 :
Les frères de Joseph, poussés par la famine qui règne au pays de Canaan, décident d’ aller en Egypte réclamer de l’ aide , ayant appris que, là- bas il y a du grain. Ils se présentent devant Joseph, devenu le maître souverain du pays, sans savoir qu’ il s’ agit de leur frère jalousé qu’ ils ont cru éliminer dans un épisode précédent.
La Genèse insiste à 2 reprises sur le fait que Joseph reconnaît ses frères, alors que ceux- ci ne le reconnaissent pas. Ses frères se prosternent devant lui, le visage contre terre, sans savoir que, par cette attitude, ils réalisent le songe fait par Joseph (gn.37,5 à 9), qui les avait tellement révoltés Maintenant que Joseph est devenu un chef respecté, il se conduit comme tel et feint de craindre d’ avoir affaire à des espions. Cette attitude est tellement crédible que ses frères protestent de leur sincérité en arguant du fait qu’ ils forment une fratrie. Sous- entendu, ils ne sont pas réunis dans un dessein hostile. On imagine le pincement au cœur que doit ressentir Joseph en entendant évoquer cette belle unité familiale dont il a été exclus quelques années plus tôt. La Genèse nous dit qu’ il leur parle durement. Est- ce pour cacher sa propre émotion ? Ou veut- il les écraser de sa superbe ?
On voit que, peu à peu, Joseph échafaude un plan pour mettre ses frères à l’épreuve. Ils les garde en surveillance pendant trois jours, feignant de vérifier s’ ils sont des espions. Puis il leur propose un pacte : garder l’ un d’ entre eux en guise de caution en attendant qu’ ils reviennent avec leur plus jeune frère Benjamin (qu’ il ne nomme jamais pour ne pas trahir son identité devant ses frères.)
Nous nous interrogeons sur les motivations de Joseph :
-Il veut revoir son plus jeune frère qu’ il aime beaucoup. En effet, c’ est le seul à ne pas avoir comploté contre lui
-Il garde le silence et fait effort pour ne pas révéler sa véritable identité à des frères fratricides. Veut- il se venger d’une manière sanglante ?… Il le pourrait puisqu’ il est devenu un chef tout puissant. Il peut donner un ordre aux soldats du pharaon qui lui obéiraient sans discussion. Veut- il les affamer ?… L’ occasion est trop belle, puisqu’ en Canaan, il n’ y a plus de blé !…
Or, il ne fait rien de tout cela. Il se conduit comme un homme généreux,( puisqu’ il les laisse repartir avec du grain) et juste,( puisque chacun a sa part égale.)
De plus, ses frères ne sont pas au bout de leurs surprises, car ils découvrent après leur départ que chacun d’ entre eux a recouvré son argent dans son sac de blé. Ainsi la transaction classique : « blé contre argent » n’ a pas eu lieu. Les frères pourraient y voir de la générosité de la part de leur donateur, mais il n’ en est rien…. Ils sont terrorisés ! Qu’ on garde un des leurs en « caution garantie » ne les a pas traumatisés. La vie humaine de l’ un d’eux semble avoir peu de prix à leurs yeux. Mais que cet argent se retrouve dans leur sac dépasse l’ entendement. « Qu’ est- ce- que Dieu nous a fait là ? » se demandent- ils.
Comment interpréter cette terreur ?Sur le plan symbolique, dans la Bible, le sac ou une jarre, représente généralement le corps, ou l’ intérieur.
Les frères sont incapables d’ envisager la possibilité d’ un geste de générosité gratuite de la part de celui qu’ils prennent pour un Egyptien Mais, ils ont mauvaise conscience au point de pressentir qu’ il se prépare un « retour de bâton » de leur crime passé . Cette évocation de Dieu semble bien en être le symptôme, en effet .Des années après les faits, les souvenirs sont toujours là, chevillés à leur corps. ( dans le sac, en quelque sorte).
Et Joseph, lui, que veut- il prouver ?Il rend l’ argent, mais il garde un homme et en réclame un autre. Pour lui, l’ être humain est plus important que l’ argent. Ainsi, il renvoie à ses frères l’ image de ce qu’ ils sont : des hommes cupides !
Seul leur frère aîné, Ruben, se distingue. Il avait autrefois empêché ses frères de tuer Joseph. Mais, même lui est très troublé. Ils retournent donc vers leur père sérieusement perturbés
De retour près de Jacob, ils lui relatent les faits. On note cependant une variante ( pour ne pas dire un mensonge) de la part de ses fils. Joseph leur aurait dit : « je vous redonnerai votre frère et vous pourrez parcourir le pays ».Or, ce n’ est pas exactement ce qu’ a dit Joseph, mais : « votre plus jeune frère, vous me l’ amènerez, alors vos dires se trouveront vérifiés et vous ne mourrez pas. » Il n’ a pas dit qu’ il rendrait Benjamin. Juda, plus loin, au chapitre 47.9. réitérera cette même idée pour rassurer son père. C’ est le « mentir- vrai ».Juda dit à son père ce qu’ il a besoin d’ entendre.
On note en cette fin du chapitre 42 à quel point Benjamin, le plus jeune fils de Jacob est son fils chéri. Il ne veut pas s’ en séparer, il aurait le sentiment de perdre goût à la vie. » vous feriez descendre dans l’ affliction mes cheveux blancs au chéol »( séjour des morts)
Genèse chapitre 43( 1à14)
On note que toute la famille prend le temps de se rassasier du grain ramené d’ Egypte et que, c’ est seulement quand la faim revient que tous se remémorent le sort de leur frère resté en Egypte. !!! Pour convaincre Jacob de laisser partir Benjamin en Egypte, Juda prend la relève de Ruben. En effet, Benjamin, fils de Rachel, morte à sa naissance , est l’ enfant du deuil. Son père l’ a rebâptisé » l’ enfant de droite ». Il l’ aime plus que tout. On note aussi que Benjamin, bien qu’ étant le « chouchou » de Jacob, n’ est pas détesté de ses frères comme Joseph a pu l’ être. Ils ne ressentent pas de jalousie. Toute la fratrie protège ce jeune frère qui n’ a pas l’ arrogance qu’ ils avaient ressentie chez Joseph.
On note encore qu’ au verset 6 , on n’ appelle plus le père Jacob, mais Israel, bien qu’ il s’ agisse du même personnage. En effet, chaque nom a une signification différente :
Jacob représente le vieillard, celui qui a peur.
Israel représente » celui qui a lutté avec Dieu et avec les hommes et l’ a emporté ».( cf. Genèse chapitre 32. 29. Jacob lutte avec Dieu, passage privilégié par les artistes , pour sa valeur poétique , la présence du soleil, etc.) A chaque fois qu’ on désigne Jacob par Israel, il n’ est plus le vieillard peureux mais l’ homme responsable, le chef de tribu, qui fait passer l’ intérêt général avant l’ intérêt particulier.
C’ est pourquoi, Israel accepte de laisser partir Benjamin. C’ est une sorte de « don du père » qui ,sans le savoir, remet son fils à une bande d’ assassins.
Au moment du départ, il dit à ses fils : « qu’ El Chaddai vous donne de trouver miséricorde auprès de cet homme ». Chouraqui traduit : qu’ El Chaddai( = Dieu le montagnard, allusion à celui qui s’ est révélé au mont Sinai) vous donne des entrailles( = des matrices, organes de reproduction féminine). Pourquoi ? Sans doute devront- ils faire preuve d’ émotion pour pouvoir émouvoir à leur tour.
Avant de partir, Juda fait le serment à son père qu’ il ramènera Benjamin sinon, « je serai coupable envers toi tous les jours »dit- il. On remarque à quel point l’ autorité du père est grande à cette époque. On doit lui rendre des comptes comme devant un grand sage, un juge suprême. C’ est d’ ailleurs bien ainsi que se conduit Israel, car il adjoint à ses fils d’ emporter avec eux des présents pour l’ Egyptien. Il ne mendie pas de l’ aide mais il sait remercier. Il est plus que généreux pour ce qui est de la transaction puisqu’il leur dit : » Emportez de l’ argent au double et rapportez avec vous l’ argent qui a été remis à l’ entrée de vos sacs à blé ; peut- être était- ce une méprise ». Il est même prêt à être privé de ses enfants si cela doit servir l’ intérêt général.
On peut ainsi faire un parallèle entre l’ honnêteté, la générosité d’ Israel avec celle de Joseph. L’ un comme l’ autre sont des chefs et font preuve de dignité, loin des bassesses et des calculs sordides des frères de Joseph. Aujourd’hui, on dirait : « ils ont de la classe »
7/ 01/ 2007
Livre de Joseph. Gn. 43
Second voyage en Egypte des frères de Joseph
Gn. 43.15
Le frère gardé en otage est Siméon. On approche du moment où les frères de Joseph doivent être émus par celui- ci.
v.15.les frères sont debout devant Joseph, attitude de déférence
Joseph, pour sa part, ménage le suspense.
v.16. Il fait préparer un bon repas quand il s’ est assuré que Benjamin est bien là. On pense à la parabole de l’ enfant prodigue, quand le père tue le veau gras, pour fêter le retour de son fils.
v.17.le majordome emmène les hommes à la maison de Joseph Cette maison sera plus tard la maison de la Réconciliation ( et non celle de Jacob)
v.18. pour l’ instant, les « hommes frémissent » d’ être dans la maison de Joseph, dit Chouraqui .Ils ne sont pas prêts à entrer dans cette maison. Ils sont toujours poursuivis par leur culpabilité diffuse et leurs craintes à tout propos. Ils ont peur qu’ on les inquiète pour argent dérobé. Ils craignent qu’on les prenne avec leurs ânes. Détail étonnant que cette évocation des ânes !Les Egyptiens utilisaient plutôt des chevaux ; alors, pourquoi en voudraient- ils à leurs ânes ?Dans la Bible, l’âne a une signification particulière : il représente une partie de l’ être humain, la partie la plus secrète. Chacun a son âne…A nous de le découvrir.
Le majordome les rassure et semble très content. Il y a quelque anomalie dans le fait qu’il leur parle de la générosité de Dieu : » C’ est votre Dieu et le Dieu de votre père qui a placé cet argent dans vos sacs ». Les Juifs sont monothéistes, alors que les Egyptiens sont polythéistes, ils n’ ont donc pas la même notion de Dieu. Mais, tout de même, pourquoi cette phrase ? Le majordome n’ est qu’ un exécutant, il ignore les intentions de Joseph. Alors, a-t-il une intuition subite ? si l’ on prend sa parole au pied de la lettre, elle corrobore le fait que Joseph a fait un « grand » geste, animé d’ une haute intention en donnant de l’ argent à ses frères. L’ argent perd sa valeur propre, il a un autre sens. Dans la Bible, les mots argent, trésor, rachat, etc. sont chargés de signification autre que matérielle. L’ argent, est un don, un cadeau offert, donné, comme un trésor .Ici, chacun a le sien dans son sac ,il n’ y a pas de somme collective, chacun a donc son trésor, sorte de préfiguration de l’ Eucharistie . Dans l’ Eucharistie, on fait groupe pour partager le même pain, et chacun en a sa part. (De quel pain s’ agit-il ?…notion théologique de l’ eucharistie).
Le repas doit avoir lieu à midi, milieu de la journée, quand le temps bascule. Valeur symbolique de cette heure. Dans l’ Evangile, c’ est aussi à midi que le Christ rencontre la Samaritaine.
Tout est prêt pour le repas et, pourtant, Joseph se fait encore attendre.
Les retrouvailles avec Siméon ne donnent pas lieu aux effusions de joie qu’ on pourrait attendre.
En attendant Joseph, le majordome remplit toutes les tâches d’ hospitalité d’ usage, pour les hommes et leurs ânes. Voici, à nouveau, cette évocation des ânes, qui mérite qu’on s’y attarde.
L’ âne est l’ animal utilisé par les pauvres. Et pourtant, il est loin d’ être méprisé dans la bible ! C’ est l’être qui accompagne les hommes. L’ âne dit quelque chose de nous . Est-il la partie basse ou méprisable ? Non !L’ être humain est divers et pluriel. L’ âne représente la partie la plus discrète et modeste de l’être humain.
Il est aussi celui qui porte les fardeaux, c’ est donc une aide précieuse pour tous ceux qui ont des charges à porter.
Il peut aussi porter les hommes :
Dans Balaan, Nombres, chapitre 22, l’ ânesse refuse d’ avancer quand elle voit son maître menacé par l’ ange exterminateur. Elle lui sauve donc la vie.
Lors du passage de la Mer Rouge, les Hébreux passent avec leurs ânes, alors que les Egyptiens échouent avec leurs chevaux
L’ âne, c’ est le Messie, c’ est la figure de celui qui porte Dieu en nous, même dans l’ abaissement. C’ est aussi une figure d’ Abel. Dans le film de Robert Besson « au hasard, Balthazar », l’âne est une métaphore christique,( très poussée dans ce film.)
Dans la crèche, on voit l’âne et le bœuf. C’ est eux qui sont les plus proches de l’ enfant Jésus, ils le réchauffent. L’ âne est du même côté que Marie, le boeuf, du côté de Joseph.
Dans la Bible, l’âne et l’ ânesse sont toujours mêlés.
Si la Bible est sensible aux sort des ânes habituellement méprisés, c’ est une leçon pour nous : on ne doit pas mépriser les humbles. De plus l’ âne est une partie de nous-mêmes : celle qui nous porte depuis que nous sommes au monde
Dans Isaïe, 1.3, on rend hommage à ces deux animaux :
» le boeuf connaît son possesseur
et l’âne la crèche de son maître.
Israel ne connaît pas. »
Rappels historiques et quelques mises au point en marge de l’ étude de Joseph GN.43 :
On situe Abraham en –1850 avant Jésus- Christ
La Bible raconte son histoire en –500, avant notre ère, juste après l’Exil, qui correspond à la quasi disparition du peuple juif, presque comparable à la Shoah.
Le nom de « juif » apparaît environ en –700 avant Jésus- Christ
Joseph, au sens juif, n’ est pas un prophète, mais un messie. Pour les Juifs, il y a plusieurs messies, sortes de super-prophètes. C’est différent du Messie, le Christ, chez les Chrétiens.
Le Livre de Joseph, pose la question du « vivre-ensemble », de l’Eglise, de la fraternité.
Il soulève le problème de l’individu gênant, dans un groupe : comment s’en débarrasser ? On peut le tuer, ou trouver d’autres moyens de s’en défaire. Tel est le prix à payer pour faire partie du groupe ! Il faut se défaire de celui qui est trop original. Juda, un des frères de Joseph, suggère de vendre Joseph, plutôt que de le tuer : idée que tout s’achète. Juda est vénal, comme nous tous. Dans l’ Evangile, on retrouve un Judas qui vend Jésus, pour 30 deniers.
( noter la différence d’ orthographe entre Juda et Judas, avec ou sans S.)
Notion de fraternité :
Dans GN.43., on remarque que Benjamin, accueilli par Joseph, reçoit 5 fois plus que ses frères au repas. Joseph remet ses frères dans la même situation que celle qu’ils ont connue autrefois. Le plus jeune est le « chouchou ». Certes, Benjamin n’ a pas « fauté » comme ses frères, mais, tout de même, il est traité avec des égards tout particuliers. On en conclut que dans la Bible, la fraternité n’est pas l’égalité. La Bible, en cela, est différente des principes républicains.
Les Evangiles Apocryphes :
Après Jésus-Christ, beaucoup de personnes ont voulu écrire pour parler de sa vie. Au point qu’on finissait par dire tout et n’importe quoi. Il était devenu nécessaire d’ y mettre bon ordre.
Historiquement, des évêques, réunis en concile ont consulté des communautés de Chrétiens, pour savoir ce que les gens lisaient chez eux comme textes bibliques. Ceux qui apparaissaient le plus souvent ont été gardés comme Evangiles officiels. Les autres sont dits « évangiles apocryphes ».
lundi 6 octobre 2008
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