FIGURE DE SARA DANS LE LIVRE DE TOBIE :
Problématique du livre de Tobie :
La bible nous présente la famille de Tobie. Le grand-père s’appelle Tobiel, le père Tobit, et le héros de cette histoire, le petit-fils, Tobie.
A propos de Tobiel, il faut savoir que dans la Bible, les noms en EL font référence à Dieu, Elohim chez les Hébreux. Ceux qui portent un nom en EL sont donc bénis de Dieu.
Lorsque Tobit nous est décrit, on constate qu’il a perdu le EL contenu dans le nom du grand-père. On peut donc tout de suite s’interroger et se demander si cela signifie qu’il a été abandonné de Dieu.
En effet, Tobit nous est présenté comme un homme pieux, qui a toujours vécu selon les préceptes de Dieu : vérité, justice, aumône, etc. Il a une particularité : il enterre les morts. C’est le croque-mort d’ Israël, bénévole. Devant tant de dévouement, on peut penser que Tobit a tout lieu d’être fier de sa vie , et que Dieu doit être content de lui !Or, voici que les malheurs vont s’abattre sur lui !
Les malheurs de Tobit :
A la suite d’une déportation, Tobit est géographiquement éloigné d’Israël. Il vit à Ninive, ce qui ne va pas sans risques pour lui. Il met son point d’honneur à apporter toutes les aides possibles à ses frères juifs , déportés comme lui. Alors qu’il vient, au péril de sa vie, d’enterrer un pauvre homme qui avait été étranglé, Tobit devient aveugle. Il est atteint de leucomes, provoqués par des fientes de moineau. ( livre 2).
Autre malheur : sa femme se révolte contre lui, car il suppose que le chevreau qu’elle a honnêtement gagné pourrait être un animal volé. Elle lui fait des reproches avec une telle violence qu’il est rempli de tristesse, au point de vouloir mourir.
Enfin, on apprend au chapitre 4 que Tobit a laissé une somme de 10 talents d’argent chez Gabaël, en Médie, qui lui font défaut, puisqu’il s’excuse auprès de son fis que leur famille soit devenue pauvre.( Tobie 4, 21) .
Pourquoi Dieu met-il Tobit à l’épreuve ?
Dieu semble vouloir mettre à l’épreuve cet homme pieux, généreux avec les autres, serviable, courageux, qui prend des risques pour enterrer des morts, même quand c’est interdit . Mais que lui reproche-t-il donc ?
Malgré toute sa bonne volonté, Tobit commet plusieurs erreurs :
On pourrait résumer son caractère en le définissant comme « l’homme qui en fait trop » !
Il cumule les bonnes œuvres d’une façon un peu trop ostentatoire. Il adopte une attitude messianique, comme s’il portait tous les péchés d’ Israël sur le dos. Il se met en position de victime expiatoire. N’est-ce pas prétentieux ?
Vis à vis du chevreau rapporté par sa femme, il est coupable de suspicion, puisqu’il soupçonne un vol qui n’existe pas. Certes, il est loin de Jérusalem, c’est pourquoi, il s’efforce de continuer à être juif, à Ninive, loin des autres Juifs, ce qui ne doit pas être facile. Mais, est-ce une raison pour soupçonner tout le monde de tout ? Que devient la Foi quand on est éloigné des siens ? Faut-il perdre confiance dans le genre humain ?
De plus, il ne s’en rend pas compte, mais, vis à vis de sa femme, il est insultant. Elle est si fière de rapporter à sa famille, ce chevreau qu’elle a gagné à la force de son travail ! Et il lui brise sa joie par un soupçon ridicule et injustifié. Anna prend cela pour une insulte.
Lorsque Tobit devient aveugle, on peut facilement en conclure que sa cécité est autant morale que physique, aussi symbolique que réelle. Car il a confondu le Bien avec l’acte de faire le Bien, sans tenir compte des personnes qui en bénéficient. Le fait de devenir aveugle devient donc pour Tobie une épreuve thérapeutique.
Analogie avec le livre de Job :
On trouve dans la Bible un autre juste, à la vie exemplaire, cruellement mis à l’épreuve par Yahvé, c’est Job. Mais, lui aussi, était suspicieux. Il faisait des sacrifices à Dieu, dans la crainte que lors des fêtes données par ses fils, il n’y eût quelque faute…
Les épreuves de Sarra :
Le même jour, Sarra est insultée par sa servante, car elle a eu 7 « fiancés » qui sont tous morts ! La servante l’accuse d’être responsable de ces décès successifs, et lui enjoint de mourir à son tour. Sarra, désespérée, est suicidaire !
Parallèle entre les deux récits : Tobit // Sarra
Ce parallèle est si frappant que cela ressemble à un conte dans lequel le narrateur prépare la rencontre des deux personnages.
Tous deux sont entourés par des morts
Tous deux ont de gros malheurs
Tous deux sont insultés
Tous deux veulent mourir
Leurs malheurs arrivent en même temps
Tous deux prient
Tous deux sont aidés par l’Ange, puis, sauvés.
En fait, bien que leurs problèmes soient différents, ils ont beaucoup en commun.
Sara, fille unique de son père, semble se garder pour un homme qui la réconcilierait avec les siens puisqu’une force étrange a fait mourir tous les hommes « étrangers » qui l’ont approchée.
Tobie est, lui aussi, fils unique de Tobit. C’est lui qui épousera Sarra, sans encourir la mort, cette fois. C’est lui qui apprendra à Tobit comment retrouver la vue, grâce aux conseils de l’Ange. C’est enfin lui qui rapportera à Tobit la somme d’argent qu’il avait laissée chez Gabaël, symbolique d’un trésor perdu.
Sarra et Tobie sont deux enfants uniques, c’est-à-dire, uniques en leur genre. Quelque part, nous le sommes tous ! On peut dire aussi que, dans cette histoire, ils sont deux êtres singuliers, à la vie peu banale, jalonnée d’épreuves cruelles pour Sarra, et pour Tobit. Mais Dieu réserve un « happy end » à ces trois héros : Tobit, Tobie et Sarra, après un parcours tourmenté.
Le parcours des trois héros :
Le voyage de Tobie :
Tobit envoie son fils, Tobie, chez Gabaël, en Médie, récupérer la somme d’argent qu’il y a laissée. Nous avons déjà dit que cet argent symbolise un trésor perdu que seul le fils de Tobit peut restituer à son père.
Pour faire le voyage jusqu’en Médie, nombre de précautions sont nécessaires !
Tobie part, accompagné d’ un chien, sujet souvent traité par les peintres, et aucun artiste n’oublie ce détail charmant qui nous ravit d’aise ! Le chien représente l’animal proche de l ’humain, apparemment inutile, mais si fidèle ! Il n’intervient pas, mais est témoin de ce qui arrive. C’est la présence attentive mais non intervenante. D’ailleurs, souvent, les peintres représentent aussi un chien au pied de la croix du Christ. C’est la présence divine.
Tobie cherche aussi un compagnon qui lui indique la route, et ce compagnon sera l’ange Raphaël, après que Tobit ait soigneusement vérifié la tribu d’origine de ce voyageur. L’ange est celui qui va aider Tobie. Toutefois, il agit de manière indirecte, par une sorte de tour de magie. Tobie, agressé par un poisson alors qu’il se lavait les pieds, s’entend rassuré par l’ange qui lui donne plusieurs recommandations. Par le cœur, le foie et le fiel du poisson, il obtiendra un onguent guérisseur, capable de sauver plusieurs personnes. Comme pour Jonas, prisonnier à Ninive ( lui aussi) le poisson, d’abord dangereux, s’avère salutaire. Jonas reste prisonnier 3 jours dans le ventre du poisson. Il vit l’expérience de la mort, comme Jésus qui restera 3 jours au tombeau. D’ailleurs, Jésus avait dit aux Hébreux qu’il leur donnerait le signe de Jonas, preuve de sa parenté divine. Jonas sort du ventre de la baleine, Jésus ressuscite, et Tobie ? Eh bien, l’onguent fourni par le poisson sera un principe de vie qui va libérer les autres héros.
La nuit de noce , libération de Sarra :
Grâce à l’onguent fourni par le poisson, Sarra est débarrassée de sa malédiction. Elle épouse Tobie, fils de Tobit, sans que celui-ci ne meure. La tombe préparée par le père de Sarra devient inutile, on la bouche. Le démon qui torturait Sarra est pourchassé par l’ange Raphaël en Haute Egypte, pays traditionnel de malédictions car désertique. Tous deux se mettent à prier et leur nuit de noces est placée sous la protection de Dieu. Le récit pourrait s’arrêter là.
Raphaël à Raguès, le trésor récupéré :
L’histoire rebondit car Tobie envoie l’ange récupérer l’argent laissé par son père chez Gabaël.
Tobit guéri :
Après une longue absence, Tobie tient beaucoup à retourner vers son père, et, grâce au conseil de l’Ange, il applique le baume guérisseur, extrait du poisson, sur les yeux de son père. Miracle : celui-ci retrouve la vue, et déclare à qui veut l’entendre : « Dieu m’a ouvert les yeux ». L’ange fait alors connaître sa véritable identité et lui explique que Dieu, après avoir lourdement éprouvé Tobit, le juste, a voulu lui rendre son bonheur. Il prononce cette phrase mystérieuse : « Il est bon de cacher le secret du roi, mais les œuvres de Dieu, il est bon de les révéler avec éclat ».
mardi 7 octobre 2008
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