lundi 6 octobre 2008

Genèse 47 Joseph vient prévenir Pharaon

Gn. 47 Joseph vient prévenir Pharaon :

Le Pharaon renouvelle sa confiance à Joseph pour lui, sa famille, et pour le sort des Egyptiens. On verra à quel point cette confiance est bien placée ! Il n’oublie pas que ses rêves lui ont prédit encore plusieurs années de famine en Egypte. Il accueille les frères de Joseph sans aucune réticence, même lorsqu’ils mentionnent qu’ils sont bergers. On constate à cette occasion que l’entrevue se passe exactement comme Joseph l’avait prédit, ce qui prouve à quel point il a appris à connaître le pharaon. De même, lorsque Joseph lui présente son père , il sait que ce dernier sera très bien accueilli.
Quand Jacob évoque sa vie, il parle des bons et des mauvais moments, allusion à la longue servitude chez les Laban, à la mort de Rachel, à la perte de Joseph, aux angoisses à propos de Benjamin. Par ailleurs, il dit avoir déjà vécu 130 ans, ce qui peut nous surprendre ! Ailleurs, d’après le document sacerdotal, on dit qu’ Abraham a vécu 175 ans (25,7), Isaac, 180 ans (35,28) . Jacob, qui a 130 ans lors de cette rencontre, mourra à 147 ans !!!

Joseph installe son père et ses frères au meilleur endroit du pays d’Egypte, « la terre de Ramsès », selon ce qu’avait commandé le pharaon (et non le pays de Gochen , v.4.6b). : région où s’élèvera la résidence de Ramsès II (1290-1224). Cette mention constitue donc un anachronisme dans le récit ; c’est le lieu de l’oppression pour les Hébreux et le point de départ de leur fuite d’Egypte, qui ne se produira que plus tard (Ex. 1,11 ; 12,37 ; Nomb 33,3.5)
Pour l’instant, tout est idyllique : « Joseph pourvut son père, ses frères et toute la famille de son père, d’après le nombre de ses enfants. » (47.12)

Joseph profite de la famine pour accaparer toutes les terres au bénéfice de Pharaon :
Ici, un fragment de la politique agraire de Joseph interrompt l’histoire des fils de Jacob. Son but est de faire honneur à Joseph pour la transformation économique du pays d’Egypte : centralisation de toute la propriété foncière entre les mains du pharaon, gestion de deux situations de crises économiques et sociales , création d’une taxe pour les Egyptiens ( 1/5 de leurs récoltes revient au pharaon)

Cela fait beaucoup de changements à accepter pour les Egyptiens :
Ayant vendu tout leur grain, l’argent ainsi récolté passe dans les caisses de Pharaon.
Dépouillés de leur argent, ils doivent échanger leurs troupeaux contre de la nourriture
Dépouillés de leurs troupeaux, il ne leur reste plus que leurs terres et leurs vies qu’ils vont offrir au pharaon en acceptant de devenir ses esclaves( on note au passage, que le mot esclave n’a pas le sens qu’on lui donne aujourd’hui. Esclave signifie serviteur .Le mot est appliqué à Jésus ( cf. hymne aux Philippiens) L’idée de service qui s’y rattache est noble.

Revenons au sort des Egyptiens :
Que leur reste-il ? Rien !… si ce n’est le souci de rester en vie !
Pour cela, ils supplient Joseph de leur laisser quelques semences
A ce moment du récit, on s’interroge sur l’attitude de Joseph : certes, il sert remarquablement bien les intérêts du Pharaon, mais le peuple est en train d’être dépouillé de tout !On en est sidéré ! C’est alors que Joseph adopte une autre stratégie qui redonne aux Egyptiens un peu de leurs droits :
ils auront des semences et des terres à cultiver , en versant 1/5 au pharaon et en gardant les 4/5 pour eux. Joseph crée ainsi la « dîme. » C’est l’impôt destiné aux prêtres, aux temples. Idée que l’on ne possède pas tout ce que l’on gagne ; une partie revient à Dieu. Idem pour les prémices : une partie des récoltes revient aux pauvres. On remarque que seuls les prêtres sont exempts d’impôts. Joseph respecte ce qui est sacré.

Ce passage est l’occasion de se poser la question du devenir d’une société sans argent !
Cf. v.19.20 Les Egyptiens acceptent tout pour que : « nous vivions et que nos terres ne soient pas désolées ». Curieusement, c’est lorsqu’ils sont dépossédés de tout qu’ils vont à l’essentiel pour garder la vie ! Ils vont vers l’ETRE plutôt que vers l’ AVOIR ! C’est une interrogation sur tous les biens que nous possédons en temps usuel.

Quant à Joseph, dont nous avons constaté l’habileté politique, la connivence avec pharaon, nous lui découvrons aussi une autre dimension :
Il est le Messie, celui qui sauve les êtres humains.

v.27 Dernières volontés de Jacob :

Jacob, bien qu’ayant vécu très heureux en Egypte, désire, pour la fin de ses jours être enterré dans la terre de ses ancêtres. : désir de retrouver ses racines, l’appartenance à un lignage…On passe du monde des vivants à celui des morts.
La tribu de Jacob a acquis des biens et s’est multipliée en 17 ans ( chiffre allégorique). Elle a créé un peuple.
Mais, quand Jacob dit v. 30 : « quand je serai couché avec mes pères », il signifie bien qu’il veut rejoindre ses ancêtres. Il s’apprête à changer de monde. A l’heure de passer de celui des vivants à celui des morts, il semble nier l’Egypte. L’Egypte a pourtant été un pays fécond, source de vie, alors que Canaan , le pays de ses ancêtres, est associé au pays des morts. Le peuple de Gochen a trouvé en Egypte nourriture, terrains et vie. Et pourtant, Jacob a encore en lui une autre dimension présente: c’est la conscience aiguë d’appartenir à une lignée.

Désormais, la logique de la descendance qui doit survivre va se poser.

Joseph, de son côté, a déjà expérimenté la logique de la survie. C’est donc vers lui que Jacob se tourne pour ses dernières recommandations. Il implore son fils : « Si j’ai trouvé grâce à tes yeux ».( v. 29) Il lui témoigne du respect, de la déférence. Il ne lui parle pas comme à un fils, mais, comme au responsable de l’Egypte, celui auquel il doit tout. En effet, Joseph a permis la création du peuple d’Israël sur la terre de Gochen. Les rapports père/fils, sont ici presque inversés.

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