Genèse Livre de Joseph. 44.
BENJAMIN CONDAMNE A RESTER EN EGYPTE
Dans le dernier épisode, Joseph et ses frères ont fait bombance, jusqu’à la beuverie. Leur repas était une réédition du repas qui a eu lieu alors que Joseph avait été isolé avant d’être vendu. Auparavant, nous avons vu que les frères s’étaient beaucoup inquiétés pour leurs ânes, ce qui est plutôt bon signe, car ceci indique qu’ils ne sont pas définitivement corrompus. Ils pourront changer positivement, les ânes symbolisant cette partie cachée de nous- mêmes qui nous porte à notre insu.( voir épisode précédent).
Ruse de Joseph, qui monte un coup :
44-2 :Dès que brilla le matin C’est quasiment la même expression que celle de la Résurrection. La présence de la lumière nous indique qu’il va se passer quelque chose d’important.
Joseph donne l’ordre à son homme de main de remplir les sacs de blé en abondance, avec des pièces d’argent, mais, il ajoute autre chose : dissimuler sa coupe en argent, celle utilisée pour la divination, dans le sac de Benjamin .Ainsi, il fera soupçonner Benjamin de vol.
Les frères, si bien reçus par Joseph, sont loin de se douter de ce traquenard.
Quand le serviteur de Joseph les rejoint, alors qu’il sont déjà en route, ce dernier leur répète textuellement les paroles de Joseph : « pourquoi avez-vous rendu le mal pour le bien ?… » Il travaille sur la culpabilité…L’examen de conscience des frères commence.
A cet instant, ils sont de bonne foi, et jurent devant Dieu qu’ils n’ont rien fait de répréhensible. Si quelqu’un a volé, ils sont prêts à s’amender, même si le châtiment est sévère. Quelle n’est pas leur surprise de découvrir que c’est Benjamin qui est en accusation, puisqu’on découvre la coupe de Joseph dans son sac !
De désespoir, et de honte, ils déchirent leurs vêtements.
Déchirer ses vêtements : c’est un geste qu’on retrouve plusieurs fois dans la Bible, signe de deuil, de repentance, on se retrouve à nu. Dans Matthieu, 26-65, le grand prêtre déchire ses vêtements quand le Christ se déclare « fils de Dieu »… »Il a blasphémé », dit-il…. En déchirant ses vêtements, le grand prêtre prend sur lui la faute supposée du Christ, pour ne pas offenser Yavhé. ( voir aussi Lévithique 80,10)
Avant d’être crucifié, le Christ, lui, n’aura pas ses vêtements déchirés, car sa tunique est d’une seule pièce. Les gardes la tireront au sort. C’est symbolique : on ne déchire pas le Christ, de même que, sur la croix, on ne brise pas ses jambes. Il est partagé par tous, mais non déchiré, ce n’est pas la même chose.
Plus honnêtes qu’on ne pourrait le craindre, les frères de Joseph retournent sans rechigner à la ville. A nouveau Joseph interpelle leurs consciences : » quelle est cette action que vous avez commise ? »v.15 :Il les apostrophe : »ne saviez-vous pas qu’un homme comme moi est capable de deviner ? »
Il fait ainsi allusion au fait que la coupe dérobée est une coupe de divination. On sait depuis les épisodes précédents que Joseph sait interpréter les rêves. Par la coupe de divination, il peut voir ce que les autres ne voient pas. Cette coupe est en métal précieux, en argent. L’or eût été un métal plus précieux encore .L’argent rappelle les pièces dissimulées dans les sacs précédemment. Il représente le trésor caché que chacun héberge.
La coupe appartient personnellement à Joseph, elle porte sa marque propre. Mise dans le sac de Benjamin, elle montre une filiation importante entre Joseph et Benjamin. Tous deux ont occupé la place du plus jeune dans la fratrie. On constate qu’ici, Benjamin ne parle pas. Il est pourtant directement mis en cause par l’accusation..
Joseph et Benjamin, deux personnages narratifs différents, et pourtant, sont-ils le même ?
Tous deux ont la même mère : Rachel, alors que les demi-frères ont une autre mère. Après le départ de Joseph, Benjamin a pris sa place dans la fratrie.
La Bible nous dit toujours que l’être humain n’est pas monobloc. Il y a toujours plusieurs êtres en chacun de nous. Ce n’est pas de la schizophrénie, mais, il y a en nous, une ombre lumineuse celle qui est appelée à ressusciter. C’est l’ anthropologie biblique.
Quand Jésus appelle ses disciples, il ne les appelle pas seuls, mais par : » untel et son frère »
Le pêcheur et le disciple .C’est mystérieux, c’est presque la part de l’ange Qu’est-ce au juste ?… En français, on dit se chercher soi-même. Que cherche-t-on ??? qui cherche-t-on ???
la part de l’ange ??? …( mystère…)
Dans le christianisme, il y a l’idée que si l’on veut se sauver tout seul, on n’y arrivera pas. Ce sont les autres qui le feront, c’est le frère inconnu qui est venu au monde en même temps que nous. C’est l’Ange, etc.
Ici, Joseph a été coupé de sa famille. S’il se révélait directement à ses frères, il semblerait être un fantôme. C’est pourquoi il prépare tant le terrain. Le lien qui est resté incarné pour lui dans sa famille, c’est Benjamin… Joseph, c’est le Christ…La spiritualité… Benjamin, c’est Joseph, resté dans la famille…Figure d’incarnation, Benjamin est à Joseph ce que Jésus est à Christ…
Jésus : c’est l’homme…Christ, c’est le fils de Dieu.
Pensée bipolaire ?
Gardons-nous des pensées bipolaires trop schématiques. Dans la Bible, Dieu est trinitaire.
Ici, il y a Joseph, ses frères, Benjamin.
La question de la fraternité se pose : pouvons-nous vivre dans la trinité, » trinitairement » ?
La notion de la trinité est quelque chose de plus large que la fraternité. Ainsi, Joseph (45-7), dira : « Dieu a voulu… »Si l’on considère que Joseph est le moi intérieur, tourné vers Dieu, il est logique qu’il se sente choisi par Dieu pour sauver de la famine ses frères, son père, l’Egypte.
En occident, nous sommes très marqués par la pensée aristotélicienne. La pensée aristotélicienne est binaire et excluante : bien-mal …intérieur-extérieur …( tiers exclu). Cette logique aristotélicienne est aussi celle des philosophes du 18ème siècle, binaire, scientifique. En Orient, la pensée n’est pas binaire. Même le Yin et le Yang ne sont pas binaires. C’est l’échange entre les deux qui est important. C’est la pensée de l’équilibre et de l’échange perpétuel. Chez les Grecs anciens, on croyait au destin, le fatum, la fatalité.
Le Christianisme nous dit : » vous n’êtes pas le fruit d’un hasard, ou d’une cause, mais d’un amour. »
Revenons à l’histoire de Joseph !
Les paroles qu’il a fait dire à son serviteur rendre le mal pour le bien rappellent aux frères leur premier crime. Nous l’avons déjà dit : il travaille sur la notion de culpabilité. Quand il parle de la coupe dans laquelle mon maître boit, cet épisode fonctionne comme un signe. Boire à la coupe est à rapprocher de la divination. Certes, c’était un rite d’origine asiatique. On interprétait la forme et le bruit des gouttes d’eau ou d’huile, dans la coupe. Mais, cette coupe-ci est bien personnelle à Joseph. Y a-t-il une allusion aux épreuves vécues par Joseph ? Ne dit-on pas boire sa coupe jusqu’à la lie ?
Cette scène du vol d’un ou de plusieurs objets est récurrente dans la Bible. ( cf. Jacob Gn. 31: 30 à 32). Pour construire une fraternité, il faut régler ses dettes. Mais cela ne suffit pas !
Cela fait tout au plus une cohabitation, une coexistence. Pour l’instant, ils en sont là.
D’ ailleurs Joseph a réussi son coup, car, cette fois Juda la ressent si bien, cette culpabilité, qu’il se reconnaît tout de suite, ainsi que ses frères, l’esclave de Joseph.
Joseph leur tend une nouvelle perche : il leur propose de les libérer tous, sauf Benjamin , unique suspect du vol. Connaissant l’égoïsme des frères, on s’attend à ce qu’ils « enfoncent » Benjamin, pour se disculper eux-mêmes. Or, il n’en est rien !
Le discours de Juda ( gn. 44,18)
C’est une des pages les plus pathétiques de l’ Ancien Testament. Juda récapitule l’histoire passée ( v.18-31) et propose de se substituer à Benjamin pour subir la peine d’esclavage. On est ébloui de tant d’esprit de sacrifice ! Juda parle au nom de la fraternité, il se sacrifie pour le groupe. Qu’est-ce qui justifie un tel changement de sa part ?
C’est que Juda a senti là l’oeuvre de Dieu. C’est Dieu qui a mis à nu la faute commise. Mais, de quelle faute s’agit-il ? dérober la coupe ? ou la faute antérieure commise sur Joseph ? Aux versets 20, 27 et 28, Juda parle de Joseph, ce frère que leur père croit mort. Il affirme que leur père est inconsolable de sa disparition et qu’il ne pourrait survivre à la perte de Benjamin. Cette révélation est primordiale pour Joseph , car elle lui souligne le grand amour de Jacob pour ses fils, et pour ces deux-là, en particulier : Joseph et Benjamin ! Alors, Joseph « craque » ! il ne pourra mentir à ses frères plus longtemps ! Il va leur révéler sa véritable identité!
lundi 6 octobre 2008
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