REBECCA (Genèse 23-24) :
GN. 23 : Mort et sépulture de Sara.
Le chapitre 23 de la Genèse raconte les longs palabres entre Abraham et les fils de Het, puis avec Ephron, devant témoins, afin d’acquérir un terrain et un tombeau pour sa femme Sara . C’est également là qu’il sera lui-même enseveli.
Au 20ème siècle, il y a eu là un massacre lors d’une prière, et depuis, malgré l’importance symbolique du lieu, toute visite y est impossible.
Gn. 24 : Mariage d’ Isaac avec Rebecca.
Alors qu’il vieillit et qu’il sent la mort approcher, Abraham veut assurer sa descendance. Il s’adresse à un serviteur digne de confiance, le plus ancien de sa maison, pour lui confier la mission importante d’aller chercher une femme pour son fils Isaac, dans son pays d’origine : autour de Harân, en Haute- Mésopotamie, et non chez les Cananéens parmi lesquels il habite pourtant. Ceci, afin de sauvegarder la pureté de la race et se préserver de la contamination religieuse. La jeune fille devra accepter de quitter les siens pour épouser Isaac, car celui-ci ne doit en aucun cas retourner en Mésopotamie, ce serait renoncer aux promesses de Yahvé.
Pour mettre à bien cette mission délicate, le serviteur prie Yahvé et le prend à témoin d’un test inventé par lui-même pour identifier la « future » d’Isaac. Conformément à une tradition biblique, le test se déroulera près d’une fontaine. Nous avons déjà constaté et le constaterons encore, que, dans la Bible, il se passe toujours des « choses » importantes, auprès des fontaines et des sources. C’est pourquoi Yahvé envoie le serviteur vers la source.
Le test inventé par le serviteur sera de demander à boire à une jeune fille, auprès de la fontaine, pour lui-même et pour ses chameaux. Si la jeune fille accepte, c’est elle qui sera l’épouse d’Isaac, acceptée par Dieu. Ce test est en réalité, hors norme par rapport aux coutumes de l’époque. Il était alors impensable qu’un homme, un inconnu de surcroît, demandât ainsi à boire à une jeune fille. Il se serait servi lui-même. Or, Rébecca accepte, ce qui, d’emblée, prouve son caractère courageux et indépendant.
Mais, le serviteur ne crie pas victoire trop vite : il attend que la jeune fille ait abreuvé ses chameaux et l’observe en silence. Ce n’est qu’à ce moment-là que, pour la remercier, il lui offre des bijoux précieux, en or. Ces présents sont-ils une simple reconnaissance ou déjà un cadeau de fiançailles ? Il continue son enquête pour connaître la famille de la jeune fille qui lui propose l’hospitalité. Et le serviteur est tout à fait rassuré en découvrant que Rebecca appartient à la famille des « frères d’ Abraham ».
Reste à convaincre la famille ! Rebecca reçoit le serviteur dans la maison de sa mère, ce qui suggère que son père est mort, d’autant plus que seuls, son frère Laban et sa mère, vont s’occuper d’elle. Dès le début de leurs tractations, on s’aperçoit que plusieurs éléments entrent en jeu :
Yahvé est très présent dans leurs discours , puisque Laban , sans doute averti par les paroles de Rebecca, qui lui a rapporté les faits et dires du serviteur, s’adresse à lui en l’appelant « béni de Yahvé ». Il ne cesse de faire mention de ce que Yahvé a fait pour son maître, en le comblant de bienfaits et de richesses. Il affirme que c’est sans conteste Yahvé qui l’a guidé jusqu’à Rebecca et sa famille, par l’intermédiaire d’un ange. Il raconte 2 fois son expérience, comme pour en consolider la valeur. Il explique le test qu’il avait imaginé, en confiant sa réussite à Yahvé. Il fait part des exigences d’Abraham, concernant la famille de la jeune fille, et son désir qu’elle vienne au pays d’Isaac, pour être conforme aux promesses de Yahvé. Tout s’est déroulé comme prévu et Laban et Betouél ne peuvent qu’approuver avec ces mots : « la chose vient de Yahvé et nous ne pouvons te dire ni mal, ni bien », c’est-à-dire, on ne peut qu’accepter sans ajouter quoi que ce soit. Pour cette jeune fille qui n’a plus son père, il semble que désormais, c’est Yahvé lui-même qui s’occupe de son destin. Peut-on rêver d’un père de substitution plus noble que celui-là ?
L’aspect matériel :
Devant Laban, le serviteur met en avant les cadeaux, les biens matériels possédés par Abraham, son maître. Laban n’est peut-être pas insensible à cet aspect. En revanche, on constate qu’il n’en est pas de même pour Rebecca, car elle a accepté de rendre service au serviteur avant de savoir si cela lui vaudrait une récompense quelconque. Elle se montre donc désintéressée, lorsque cet inconnu lui demande à boire. Dans le texte hébreu, le verbe boire se traduit de 3 façons différentes : avaler de l’eau, arroser, abreuver, employé pour les animaux. Rebecca donne à boire à tous les sens du mot, aussi bien à l’homme qu’à ses bêtes .
Sa générosité ne s’arrête pas là, puisqu’elle va accepter de quitter les siens pour aller vers Isaac. On se souvient qu’au début de la Genèse, Adam devait quitter son père et sa mère pour épouser Eve. « L’homme quittera son père et sa mère… ». Ici, c’est la première fois que dans la Bible on voit une femme quitter sa famille pour se marier. Rebecca est une pionnière. Elle épousera Isaac, le fils de la promesse. De ce fait, elle jouera un rôle messianique.
En ce qui concerne l’art narratif, on peut s’attarder quelques instants sur la présence presque constante des chameaux, au milieu de cette histoire de tractations prénuptiales. En effet, ceux-ci accompagnent les humains partout. Bien sûr, leur présence est tout à fait habituelle à cette époque lors des voyages et déplacements. Cependant, on constate ici, qu’ils sont une véritable figure biblique :
1)-Pourquoi faut-il que Rebecca accepte d’abreuver les chameaux pour satisfaire au test du serviteur ? cela s’avère aussi important que de désaltérer un être humain. Or, non seulement Rebecca accepte, mais elle devance même les désirs du serviteur, puisqu’elle en prend l’initiative avant qu’il ait eu le temps de le lui demander. Elle démontre ainsi qu’elle est capable d’entendre une soif qui ne se dit pas. Elle entend symboliquement l’appel du Fils.
2)-Laban, en accueillant le serviteur, accueille les chameaux chez lui. Les chameaux font partie de la richesse d’ Abraham. En les emmenant avec lui, le serviteur en fait une représentation d’Isaac.
3)-Lors du test , le serviteur observe Rebecca en silence et, c’est seulement quand elle a fini de désaltérer les chameaux qu’il lui offre les présents. Par ce geste, elle se montre digne d’estime.
4)-Lorsqu’il est introduit chez Laban, celui-ci fait nourrir et soigner les chameaux, et c’est seulement ensuite que le serviteur fait la demande en mariage de son maître. En soignant les chameaux, Laban montre qu’il adopte cet étranger.
5)-En apercevant Isaac, Rebecca tombe de chameau, comme si elle se disait d’instinct « c’est lui que j’attends depuis toujours ». Elle n’a plus besoin d’être guidée par un chameau, désormais, son seul guide sera son époux.
Rebecca se voile devant Isaac :
Ce geste est une tradition : la fiancée ne se dévoile que dans la chambre nuptiale. Se voiler, pour une femme, est un geste de délicatesse pour ne pas agresser l’autre. Isaac ne se sent pas encore prêt à être son maître. Mais, le voile a aussi une signification théologique. En voyant Rebecca voilée, le voile lui rappelle qu’elle est celle que Yahvé a réservée pour lui. Le voile a deux rôles : signaler et protéger. Derrière le voile, il y a ce qui est le plus précieux. Le voile signale un mystère et, en même temps, garde ce mystère. Il a donc un rôle paradoxal : il protège un bien précieux qu’il révèle et cache en même temps.
On pense à l’artiste contemporain Cristo qui, avec Jeanne Claude, emballa le Pont-Neuf ( le plus vieux pont de Paris) le 23 septembre 1985, dans de grands voiles blancs, comme pour faire redécouvrir aux citadins la beauté cachée d’un monument que beaucoup côtoient pourtant tous les jours.
Isaac ne découvre Rebecca qu’au soleil couchant, comme si la nature elle-même contribuait à voiler sa silhouette. Et, de fait, il ne la verra que voilée. Saint-Paul a, lui aussi, toute une théorie sur le voile que doivent porter les femmes.
La vérité n’est pas la vérité toute nue, mais la vérité voilée.
Isaac et sa mère :
Isaac entretient une relation très fusionnelle avec sa mère défunte. Il habite dans sa tente. L’arrivée de Rebecca va apporter une nouvelle donne à cette situation. Sans exagérer le symbole freudien, on constate qu’Isaac introduit Rebecca dans la tente de sa mère. Ce geste n’est possible que parce que la mère est morte. De plus, en épousant Rebecca, Isaac quitte le deuil de cette mère. En effet, il y a une continuité dans le rôle des deux femmes. Rebecca joue un rôle messianique , comme le fera plus tard Marie dont le rôle est essentiel.
Que signifie ce terme messianique ?Pour les chrétiens, le Messie, c’est-à-dire, l’envoyé de Dieu, c’est le Christ. Il a pour rôle de nous révéler ce que nous sommes. Pour les Juifs, c’est tout le peuple juif qui est messianique, et ce peuple est dispersé dans le monde entier ( diaspora ). Ici, le rôle messianique est tenu par une femme.
mardi 7 octobre 2008
Inscription à :
Publier les commentaires (Atom)
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire