MARIE DE MAGDALA ( Jean 20) :
La gloire de Jésus manifestée aux disciples après la Résurrection ( Jean 20, 1-31)
Dans notre sujet sur les femmes dans la Bible, nous abordons à nouveau ici le rôle particulier d’une femme : Marie, la Magdaléenne, dans la reconnaissance du Christ après sa
Résurrection. Cet épisode nous amène, d’entrée, à faire le parallèle entre trois figures féminines :
Marie, mère de Jésus, à qui l’ange Gabriel fait l’ Annonciation ( le Messie va venir)
Marie-Madeleine, qui annonce le Messie aux Samaritains ( le Messie est là)
Marie de Magdala, qui annonce la Résurrection du Christ aux disciples ( le Messie est revenu)
Ces trois femmes jouent un rôle capital dans le lien entre le Christ et les hommes.
I ) S’agit-il d’une nouvelle Genèse ?
Rappelons les faits :
Après la mort du Christ, le vendredi saint, celui-ci a été mis au tombeau par Nicodème et Joseph d’Arimathie, avant que les Juifs célèbrent le Sabbat. Ceux-ci tenaient particulièrement à ce que le paysage soit « nettoyé» de ces cadavres encombrants avant le Sabbat, le jour le plus important de la semaine, selon leurs coutumes
Nicodème et Joseph ont pris soin de lier le corps du Christ de bandelettes avec des aromates : mélange de myrrhe et d’aloès. C’est là que, trois jours après sa mort, Marie la Magdaléenne se rend au tombeau pour y voir le Christ. Quelle n’est pas sa surprise de découvrir que la pierre a été enlevée du tombeau ! L’ aventure commence !
Jean nous précise que cette histoire se déroule le premier jour de la semaine : notre dimanche.
Le fait qu’ici, les événements aient lieu le premier jour de la semaine, nous pose question : Est-ce la Genèse qui recommence avec une nouvelle conception de l’existence après la Mort du Christ ?
Ce rapprochement s’accentue encore du fait que la scène se passe le matin, alors qu’il fait encore sombre , de même que, tout au début de la Genèse, le monde est dans les ténèbres ! De plus, à la fin de cet épisode, le Christ dit à Marie « cesse de me toucher » . On peut y voir une allusion au jardin d’Eden où Eve avait touché à l’arbre de la Connaissance.
II) Regarder et voir :
Lorsque Dieu crée le monde, la Bible nous fait assister à un spectacle inouï !
Ici, le spectacle l’est tout autant, et cet épisode est rempli des verbes grecs qui veulent dire
« voir » :
- Blepo = apercevoir . Marie aperçoit la pierre enlevée.
- Theoreo = contempler, scruter, observer. Le disciple voit les bandelettes posées là
- Orao = voir, au sens de croire . Le disciple vit et il crut .( cf eureka. J’ai compris )
Ici, chacun voit à son niveau quelque chose de différent
Dès qu’elle aperçoit la pierre enlevée du tombeau, la femme comprend tout de suite que le Christ a été enlevé. Le disciple, se penchant ( c’est le même qui posait sa tête sur l’épaule du Christ lors de la Cène) aperçoit les bandelettes. Simon Pierre voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire roulé plus loin . Ensuite, Marie verra autre chose : les anges, puis le jardinier . Ainsi, chacun voit quelque chose, par étapes .
Au verset 8, l’autre disciple vit et il crut . Ce que Pierre n’ a pas pu articuler, l’autre disciple le fait à sa place .
Et que voient-ils donc ?
Le premier disciple arrivé aperçoit les bandelettes posées là, signe que le corps a été délié.
Puis, Simon Pierre arrive . Il voit les bandelettes posées là ainsi que le suaire qui était sur sa tête, non pas posé avec les bandelettes, mais roulé à part, dans un autre endroit. Pierre voit la même chose que son compagnon, mais avec un élément de plus : le suaire qui était sur la tête de Jésus, suaire lui aussi porteur d’un signe .
Le suaire roulé s’apparente aux Ecritures roulées sur du parchemin .On nous précise bien que le suaire est à part, dans un autre endroit. Les éléments qui enveloppaient le corps et la tête sont séparés. La tête est comme préservée, à la manière des Ecritures. Le suaire nous révèle la préservation de quelque chose qui pourrait bien être l’image de l’Eglise, chargée de préserver le message du Christ. Or, notons que c’est Pierre ( futur représentant de l’Eglise) qui le voit.
Pourtant, cette vision est encore incomplète puisqu’aux versets 9 et 10, Jean nous dit que les disciples retournent chez eux malgré ce qu’ils ont vu car ils n’ont pas encore compris l’Ecriture selon laquelle le Christ devait ressusciter d’entre les morts .Contradiction apparente entre les versets 8,9 et 10 . L’Ecriture est pourtant présente dans le Suaire, mais elle est encore hermétique pour eux. Jésus devait ressusciter d’entre les morts, et ça y est ! Il est ressuscité ! Mais qui va leur ouvrir les yeux ? Eh bien, c’est la Femme, Marie, qui pourra leur apporter la Révélation Une fois de plus, le rôle féminin est essentiel ici.
Et Marie, que voit-elle ?
Elle est la première à apercevoir la pierre enlevée du tombeau et donne l’alarme aux compagnons du Christ. Mais, après leur départ, elle se retrouve à nouveau seule près du tombeau, et elle pleure… expression bien féminine ! Nous avons vu dans Saint-Paul que les Femmes sont du côté de l’Incarnation. Marie, par ses larmes, laisse son corps exprimer sa souffrance.
C’est alors qu’elle voit deux anges en blanc, assis où avait été placé le corps de Jésus, l’un à la tête et l’autre aux pieds.
Pour ceux qui connaissent la Bible, on retrouve là une allusion au Saint des Saints dans le temple de Jérusalem, où deux anges séparés par un espace vide, figuraient le présence de Dieu, la Shekinak.
Si Pierre a vu une manifestation de l’Ecriture, Marie, elle, voit une figure de l’ Ancien Testament et ceci bien qu’elle ait les yeux brouillés de larmes. Elle cherchait un corps et elle trouve la présence invisible.
Puis, elle exécute un retournement spectaculaire, puisqu’elle se retourne deux fois, elle voit Jésus qui se tenait là ; mais elle ne savait pas que c’était Jésus.
Et, enfin, elle l’entend l’appeler Marie. Elle pourra dire aux disciples « J’ai vu le Seigneur et voilà ce qu’il m’a dit » et, pourtant, cette fois, ce n’est pas la vue mais l’ouïe qui lui fait reconnaître le Christ ressuscité. C’est parce que Jésus l’a appelée par son nom qu’elle l’a reconnu.
D’où notre dernier point de réflexion, à propos des noms, des appellations données aux différents protagonistes.
III) Importance des appellations :
Tout au long de la narration les personnages changent d’appellation . Ils sont tout d’abord trois : Marie la Magdaléenne, Simon Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait.
Que veut dire cette périphrase celui que Jésus aimait ? Désigne-t-elle Jean qu’on appelle souvent le disciple bien aimé ? C’est peu probable puisque ici le narrateur est Jean lui-même !
Ce disciple est plutôt l’image du disciple chrétien auquel chacun peut s’identifier, dans lequel chacun peut se reconnaître. Quand Pierre et lui courent vers le tombeau, l’autre disciple court plus vite . Mais, quoique arrivé le premier, il n’entre pas . Ce n’est qu’après la découverte de Simon Pierre qu’il entre à son tour, qu’ il voit et il croit . On peut faire un parallèle avec Jean-Baptiste et le Christ. Jean-Baptiste dit que celui qui vient après lui chronologiquement, c’est-à-dire, le Christ, est, en fait avant lui. C’est pourquoi, on peut dire que dans celui qu’on désigne par cet autre disciple, il reste une part de mystère.
Marie la Magdaléenne devient ensuite Marie, tout simplement. Or, l’Ancien et le Nouveau Testament sont pleins de femmes à s’appeler Marie. En chaque femme, il y a une Marie. Son appellation contient deux informations : La Magdaléenne nous indique d’où elle vient ( de Magdala). Marie , c’est la femme qu’elle est devenue, c’est « la Femme ».
Simon Pierre devient simplement Pierre, Simon étant son nom de naissance, Pierre, le nom que lui donne le Christ. Là encore, ces deux appellations contiennent deux informations : Simon, c’est là d’où il vient , le nom que lui ont donné ses parents, Pierre, c’est là où il va. « Tu es Pierre et sur cette pierre, je bâtirai mon église ».
Lorsque les anges s’adressent à Marie, ils l’appellent femme , ainsi que le Christ, lorsqu’il lui parle pour la première fois. Cette appellation conviendrait à toute femme, quelle qu’elle soit. Ce n’est que lorsque Jésus l’appelle Marie qu’elle le reconnaît, parce qu’elle se sent reconnue ! Elle croit que cet homme qu’elle prend pour le jardinier va lui indiquer un lieu. Or, c’est son nom qu ‘elle entend, comme si elle était elle- même le lieu qu’elle cherche.
Cela nous indique que chaque être humain est le temple de Dieu .
Marie, de son côté, ayant reconnu le Christ, l’appelle Rabbouni, c’est-à-dire maître( plus déférent et plus solennel que rabbi ) et souvent usité quand on s’adressait à Dieu. Cette appellation prouve qu’elle a eu La Révélation. C’est alors, quand Marie aura cesser de toucher Jésus, débordante de tendresse, qu’elle pourra témoigner de la fantastique nouvelle : le Christ est ressuscité ».
Message final :
L’épisode se termine par les paroles prophétiques et signifiantes prononcées par Jésus.
« Je ne suis pas encore monté vers le Père, mais va-t-en vers mes frères et dis leur : je monte vers mon Père et votre Père, vers mon Dieu et votre Dieu ».
En appelant tous les hommes mes frères, il définit ainsi la fraternité universelle, élevant les hommes au même rang que lui.
Enfin, c’est la Femme qui a pour mission d’annoncer la bonne nouvelle de la Résurrection. Son rôle est de taille ! Elle peut déclarer à ses frères : « J’ai vu le seigneur et voici ce qu’il m’a dit. »
samedi 29 novembre 2008
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